ECONOMY

Angèle Dormoy, présidente de la CCISM et Benjamin Ortega, président de la COCI
Angèle Dormoy, présidente de la CCISM et Benjamin Ortega, président de la COCI

Les chambres consulaires des deux côtés de l’île prônent l’unité du territoire

27 August 2020
Près d’un mois après la décision prise par la représentation locale de l’Etat français de fermeture de la frontière partageant les deux parties de l’île, la Chambre Consulaire Interprofessionnelle de Saint-Martin (CCISM) et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Sint Maarten (COCI) ont décidé, ensemble, de monter au créneau, afin de tirer la sonnette d’alarme quant aux dramatiques conséquences d’une telle décision sur le tissu économique local.
 
La présidente Angèle Dormoy (CCISM) et le président Benjamin Ortega (COCI) convoquaient hier matin les médias des deux côtés de l’île, pour une visio-conférence de presse relayée en direct sur les réseaux sociaux. Une conférence conjointe confortée par le partenariat signé entre ces deux instances, courant du mois de juillet de l’année dernière. Ils informaient avoir adressé un courrier aux instances décisionnaires locales et nationales respectives des deux pays, afin de les sensibiliser à la souffrance vécue par les entreprises de l’ensemble du territoire et ouvrir un débat conjoint pour trouver rapidement des solutions, insistant sur le fait qu’il allait a priori falloir apprendre à vivre dans l’avenir avec ce virus. D’autant que, malgré la fermeture précipitée et sans concertation de cette frontière au 31 juillet dernier, la propagation du Covid-19 n’a pas ralenti, mais a vu en revanche une augmentation quasi exponentielle depuis cette même date. Les deux chambres consulaires demandent instamment que les décideurs locaux se mettent autour d’une même table pour considérer une approche commune de la gestion de la crise sur le territoire de Saint-Martin/Sint Maarten.
 
Une économie uniquement locale réduite encore de moitié
 
De chaque côté de l’île, ce seraient pour l’heure entre 15 et 20% des entreprises qui auraient déclaré forfait depuis le début de la crise en fermant définitivement leurs portes. La présidente Angèle Dormoy craint une importante vague de licenciements, « entre 200 et 300 pertes d’emplois d’ici les prochaines semaines ». D’importantes conséquences économiques, sociales et humaines qui ne sont pas directement imputables aux contrôles des déplacements, « mais ces contrôles rajoutent des problèmes aux problèmes », insiste-t-elle.
Car pour l’heure, force est de constater qu’en l’absence de touristes, le territoire de Saint-Martin/Sint Maarten ne doit compter que sur une économie générée par la consommation des seuls résidents. Or ce marché local est encore rogné par les filtrages imposés à la frontière. Selon les représentants des deux chambres consulaires, c’est plus que ne sont en capacité de supporter les entreprises locales et l’ensemble des acteurs locaux qui ont de tout temps eu pour habitude de consommer indifféremment d’un côté comme de l’autre de la frontière. Et comme n’ont cessé de le marteler Benjamin Ortega et Angèle Dormoy lors de cette conférence de presse, l’île est Une et entière, et jamais cette situation n’avait encore été constatée.
 
Campagnes conjointes de communication
 
Les deux chambres consulaires déplorent que les mesures prises des deux côtés de l’île ne soient pas prises en harmonie. C’est le cas par exemple pour les fermetures des restaurants, imposées à 22 heures en partie hollandaise, et à minuit en partie française. En attendant les réponses faites par les décideurs sur ces sujets, les deux chambres consulaires ont pour l’heure mis en place une campagne de communication conjointe sensibilisant aux gestes barrières (distribution de stickers indiquant les gestes barrières que les commerces pourront apposer sur les devantures de leur entreprise), ou encore à l’utilisation massive des cartes bancaires « sans contact ». Afin d’alléger la charge financière des entreprises, les chambres consulaires ont également décidé la distribution gratuite de masques, le port devenant obligatoire à compter de mardi prochain dans les sphères professionnelles, en partie française.
 
Désir d’unité dans un contexte de décisions prises unilatéralement
 
Un combat légitime et honorable mené par ces deux chambres consulaires pour sauver les entreprises locales, mais pour autant qui pourrait sembler fragile à tenir dans le temps. En effet, et pour mémoire, la fermeture de la frontière décidée par les autorités locales d’Etat français est intervenue unilatéralement suite à l’annonce faite par le gouvernement de Sint Maarten d’ouvrir l’aéroport de Juliana aux vols américains à compter du 1er août.
Une décision prise également unilatéralement par Sint Maarten alors que la préfecture de Saint-Martin mais aussi l’exécutif local avaient émis un avis défavorable à cette réouverture aux vols commerciaux avec le continent nord américain. Si travailler ensemble paraît évident sur le papier concernant ce petit territoire de moins de 100km2, dès que les intérêts divergent, le repli sur soi et la non-prise en compte des avis de l’autre semblent être la règle, confortés par des systèmes sociaux, de santé, mais aussi un droit du travail diamétralement opposés entre ces deux parties de l’île. Mais comme l’a rappelé la présidente Angèle Dormoy, « tout a un début, et il faut aujourd’hui travailler tous ensemble pour que Saint-Martin / Sint Maarten soit reconnue comme un territoire dans son entièreté : One Island, One People, One Destiny ».

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