Un règlement pour mettre fin aux conflits entre baigneurs et activités nautiques
Lors du dernier conseil territorial qui s’est tenu dimanche, en raison du report de celui de jeudi faute de quorum, un point important était soumis au vote des élus : le projet de règlement des baignades et des activités nautiques dans la bande littorale des 300 m.
La question de la surveillance des plages ou de la délimitation des zones de baignade sont des sujets récurrents, à chaque mandature, mais qui peinent à émerger. L’installation de postes de secours ne date pas d’hier et plusieurs projets ont été proposés par le passé, sans jamais aboutir. Aucune plage publique et d’accès gratuit ne fait l’objet d’une zone pour assurer la sécurité des baigneurs et il n’existe pas de surveillance sur les plages ; la baignade est donc au risque et péril des usagers. Pourtant cela est de la responsabilité des communes, à Saint-Martin, de la Collectivité.
Il faut se rendre à l’évidence, la sécurité des baigneurs est plus qu’aléatoire sur certaines plages. À tel point qu’en mars dernier, La Samanna à Baie Longue et le Grand Case Beach Club à Petite Plage, ont fait remonter à la Collectivité des conflits d’usages sur les plages qui bordent leurs hôtels. Il a donc été organisé plusieurs réunions, et après constatation par la Direction de l’économie bleue, il apparaît une multitude d’activités dans la bande littorale des 300 mètres dont certaines ne sont pas compatibles entre elles. Le projet présenté aux élus, par Alan Le Bout-Ayassami de la direction de l’économie bleue de la Collectivité, a pour objectif de réguler ces dérives et ne concernent dans un premier temps que les plages de Baie Longue et de Petite Plage, Friar’s Bay étant en stand-by.
Quelles sont les règles ?
Un plan de balisage doit être réalisé conjointement par l’État (action de l’État en mer, Préfet de Martinique) et par la Collectivité par le biais de sa police administrative spéciale des baignages, des engins de plage et des engins non immatriculés. Cette dernière a pour obligation de règlementer, délimiter et informer. Cependant, si un aménagement est fait sur un site comme une ligne d’eau, ou encore des sanitaires ou des douches, cela constitue une incitation à la baignade ce qui engage la responsabilité du président de la Collectivité. Dans ce cas la surveillance est donc obligatoire par des maîtres-nageurs sauveteurs.
Les trois plages concernées étant sur des parcelles privées, la loi littoral impose aux propriétaires ou exploitants de laisser 3m à partir du rivage en libre accès, car ils font partie du domaine public maritime… les transats les pieds dans l’eau sont donc hors la loi.
Quels sont les risques ?
Les engins motorisés constituent un premier risque, une hélice de bateau ou un jet ski à pleine vitesse sont des dangers évidents pour les baigneurs. Les bateaux qui passent à moins d’un mètre d’un baigneur font partie des réalités quotidiennes. Mais il y a également des risques environnementaux, car tous les bateaux ne sont pas équipés de cuves de rétention, et dès que les toilettes sont utilisées le contenu va directement dans l’eau … il n’est pas rare de croiser des étrons en nageant notamment à Friar’s Bay ou Petite Plage, ce qui induit une dégradation de la qualité de l’eau de baignade.
Que prévoit le projet ?
Initialement, le projet comprenait deux plages en zone interdite, Baie Longue et Petite Plage, et une plage surveillée avec un poste de secours, Friar’s Bay. Cependant les acteurs économiques de cette dernière, plus nombreux et bien que reconnaissant les conflits d’usages, ne souhaitent pas l’installation d’un poste de secours. La Collectivité va donc lancer une seconde vague de consultations, élargie au reste du territoire afin de déterminer quel serait le plan d’eau le plus approprié pour accueillir un poste de secours.
A Baie Longue sera donc prévue une zone interdite aux engins motorisés, qui devront emprunter exclusivement le chenal aménagé. A Petite Plage il en sera de même. La plage de Friar’s Bay passe de zone de baignade à zone interdite, avec un chenal pour le club de voile. Metimer, l’association des plaisanciers, le club du tourisme ou encore les conseils de quartier ont été concertés pour établir ces balisages.
Une évolution du projet sera donc possible ultérieurement avec la mise en place d’un ou plusieurs postes de secours.
Quels sont les coûts ?
Sur les trois aménagements proposés, deux seront pris en charge à 100% par les hôtels concernés à savoir la Samanna et le Grand Case Beach Club. Ils assureront les frais d’installation et l’entretien annuel des installations sur leur zone et ce pour une durée de trois ans, dans la mesure où cela va leur permettre de garantir la qualité de l’accueil de leurs clients.
Le projet a reçu un avis favorable de la commission des affaires économiques, rurales et touristiques et du CESC (Conseil économique, social et culturel). Ce dernier recommande cependant de renforcer les moyens de surveillance et de contrôles en particulier face aux activités en provenance de la partie hollandaise (jet ski), et de davantage mobiliser l’unité de contrôle de la Collectivité pour assurer un suivi opérationnel. Il conviendra de ne pas stigmatiser les plaisanciers ou autres acteurs d’activités motorisés, mais bien de faire comprendre que l’objectif est la seule sécurité des usagers de la mer.
Le projet a été adopté à la majorité par les élus.