Maison des Femmes : deux ans après, des besoins encore importants
Le film « La Maison des Femmes » était projeté la semaine dernière à la Maison des Femmes de Saint-Martin. Il met en lumière l’existence de ces structures, les mécanismes des violences, mais aussi l’importance d’une prise en charge globale dans le parcours de soins des victimes. L’occasion de faire le point sur la structure un peu moins de deux ans après son ouverture.

Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne, est l’inspiratrice et la véritable héroïne du film de Mélisa Godet, sorti le 4 mars au cinéma. En 2016, elle a ouvert la première Maison des Femmes à Saint-Denis, en banlieue parisienne : un lieu d’accueil, de consultation et de prévention destiné à toutes les femmes en difficulté. Aujourd’hui, il existe 34 Maisons des Femmes. Celle de Saint-Martin était la première à voir le jour aux Antilles.
Le film apporte un éclairage différent sur les violences faites aux femmes, en montrant l’énergie déployée par des équipes pluridisciplinaires œuvrant à la reconstruction de femmes de tous âges, en souffrance, menacées et détruites psychologiquement, brutalisées, violées ou mutilées. Quitte à mettre en péril leur propre équilibre. C’est ce modèle de parcours de soins global qui a été reproduit à la Maison des Femmes de Saint-Martin, qui chaque année accompagne 200 femmes victimes.
Le nerf de la guerre : les finances
Lors de l’inauguration en juillet 2024, le Préfet de l’époque Vincent Berton, s’était engagé à ce que les services de l’État soient partenaires de la structure pour l’accompagner et la Collectivité par la voix de Michel Petit, 4e vice-président, représentant Louis Mussington le jour de l’inauguration avait fait de même. Mais aujourd’hui, il reste encore fort à faire pour permettre à la Maison des Femmes de poursuivre ses missions et de pérenniser ses services, dans une logique de prise en charge globale et pluridisciplinaire. Actuellement, les victimes peuvent consulter une juriste, déposer plainte grâce à une permanence hebdomadaire de la gendarmerie, bénéficier de la prise en charge de leurs enfants ainsi que d’hébergements d’urgence financés par la Préfecture. Mais certains services doivent encore venir compléter le parcours.
Une convention a déjà été signée avec les urgences de l’hôpital: en cas de suspicion de violence, le référent alerte la Maison des Femmes. La prochaine étape consiste à renforcer ce lien. À l’image de la Maison des Femmes de Saint-Denis, adossée à un hôpital, l’objectif est de développer une collaboration plus étroite avec le centre hospitalier Louis-Constant Fleming afin de compléter la prise en charge, notamment grâce à la mise à disposition de personnel hospitalier. Le recrutement d’une coordinatrice est également envisagé afin d’assurer le suivi du parcours de soins. Le dossier a été soumis à l’ARS par l’hôpital.
Le recrutement à temps plein d’une psychologue dépend lui aussi des financements . À l’heure actuelle, une psychologue libérale intervient à la demande en présentiel, tandis qu’une seconde assure les consultations en visio.
Les ateliers (théâtre, sophrologie, yoga, danse, cours de français…) ont dû être mis en pause, toujours faute de budget. Leur reprise est pourtant essentielle pour garantir une prise en charge pluridisciplinaire. À terme, une activité différente devrait être proposée chaque après-midi.
L’objectif est de construire, pour chaque femme, un parcours de soins personnalisé.
Le partenariat conclu le mois dernier, lors de la visite du directeur national de France Travail, est une avancée importante, pour la prise en charge des femmes victimes de violence, souvent dépendantes financièrement de leur agresseur. L’emploi, synonyme d’autonomie, est la clé d’un retour à une vie normale. Une permanence mensuelle sera désormais assurée à la Maison des Femmes. Ce partenariat prévoit également la formation des équipes locales de France Travail à la détection des situations de violences afin d’être à même d’orienter ces femmes vers la structure.
Dotée d’un budget pour aménager un bureau, cette convention est la première conclue entre France Travail et le réseau des Maisons des Femmes. Saint-Martin constitue un exemple qui est appelé à être dupliqué dans d’autres territoires.