Un artiste, un regard : Théo Demanez
La série sur les photographes entamée la semaine dernière continue avec aujourd’hui la rencontre de celui qui a contribué à la réalisation du livre « Horizon » de Thomas Proust. Les passions communes engendrent parfois des résultats étonnants.
Né à Saint-Martin en 1999, Théo Demanez a grandi sur la plage de la Baie Orientale où ses parents tenaient à l’époque le club de windsurf. Pas étonnant alors que dès son plus jeune âge, le gamin se hisse sur un board pour ne plus jamais en descendre avec une idée en tête : consacrer sa vie au kitesurf et aux sports aquatiques en général. Chacun sait que les rêves des petits enfants ne se réalisent pas toujours, et heureusement d’ailleurs, car nous ne serions entourés que de pompiers et de fées, avec par-ci par-là quelques maîtresses d’école et deux ou trois policiers. Mais chaque règle a son exception et le jeune adolescent ne lâche pas l’affaire montrant des capacités prometteuses pour le sport de glisse, discipline à laquelle il ajoute un petit plus en emportant avec lui une caméra étanche GoPro pour immortaliser ses moments les plus intenses à chaque sortie.
Loin de se contenter des classiques prises de vues aux creux des plus belles vagues remplies d’écume, il dirige son objectif sous le niveau de la mer et effectue ses premières photos sous-marines en même temps qu’il se perfectionne en plongée. Puis un jour il sort la tête de l’eau et se prend à rêver d’aller plus haut, de dépasser la ligne d’horizon, et de voler dans le ciel bleu à défaut d’y atteindre les inaccessibles étoiles. La voile de son kite ne lui permettant pas une telle performance, il décide alors de n’envoyer en l’air que ses yeux grâce à l’utilisation d’un drone avec lequel il prend ses premières photos aériennes, plutôt réussies d’ailleurs.
Aller plus haut . . .
Passage obligé de la licence de pilote, puis passage du baccalauréat, et voilà Théo qui se lance à corps perdu dans la photographie entre ciel et terre. Il construit lui-même ses propres drones dédiés spécialement à cet art nouveau qui demande une certaine maîtrise de la technologie. Malgré son jeune âge, la qualité de son travail fait vite le tour de l’île et il est alors sollicité par des agences immobilières pour ajouter à leurs catalogues des photos avantageuses des biens mis à la vente. Certains magazines s’intéressent aussi à lui et c’est ainsi qu’il fait la connaissance de Thomas Proust à qui il fournit régulièrement des clichés aériens.
Inutile de préciser que cette catégorie demande beaucoup de patience, car plusieurs éléments essentiels sont à prendre en compte : à commencer par les aléas météorologiques, mais également la luminosité idéale qui ne se capture qu’à de rares moments de la journée, et depuis plusieurs années maintenant la présence des sargasses qui rend impossible la prise de vue du littoral. Précision utile : Théo Demanez retouche très peu ses photos, d’où l’importance de réunir toutes les conditions nécessaires pour qu’elles soient satisfaisantes. Lorsque Thomas lui parle de son projet de livre, il y adhère immédiatement sans hésiter, car c’est une sorte de consécration couchée sur papier qui lui est généreusement offerte.
. . . Et se rapprocher de l’avenir
Depuis toutes ses années le jeune homme n’a pas pour autant délaissé le kitesurf bien au contraire, c’est même son activité principale qui lui permet de parcourir le monde pour aller taquiner les flots dans des endroits plus magnifiques les uns que les autres en participant à des compétitions internationales de tout niveau. Mais il n’oublie jamais d’emporter avec lui son appareil photo et revient toujours avec des images sublimes. Ainsi il était au Brésil dernièrement, puis au Maroc et au Vietnam, et il a passé tout l’été à sillonner l’Europe à la recherche des meilleurs spots de glisse et de plongée.
Quand on lui demande quels ont été ses plus beaux souvenirs photographiques, il doit prendre quelques instants de réflexion, car ils sont nombreux, mais un parmi eux sort tout de même au-dessus du lot (et en dessous de l’eau): c’est ce moment inoubliable où il a côtoyé les baleines au large de la Polynésie, une pure magie selon lui et on veut bien le croire. Théo Demanez n’a pas dérogé à son idée fixe qui le tient depuis sa tendre enfance, il vit de sa passion et compte bien continuer ainsi le plus longtemps possible. Bravo l’artiste.