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10 ans de prison pour agression sexuelle en récidive

Par Diane Pezeron-Dubois
23 June 2025

Le 19‭ ‬juin‭, ‬le tribunal correctionnel de Saint-Martin a condamné un homme de 24‭ ‬ans à dix ans d’emprisonnement pour avoir agressé sexuellement une jeune femme à son domicile en 2021‭. ‬Un procès marqué par l’émotion‭, ‬et par la force du témoignage d’une victime qui tente de se reconstruire‭.‬

Jeudi dernier, l’émotion était palpable dans la salle d’audience. À la barre, une jeune femme, aujourd’hui âgée de 27 ans, raconte ce qu’elle a vécu ce matin du 1er juin 2021, dans la maison familiale de Pic Paradis. 

Face au drame, une reconstruction difficile 

Ce matin-là, l’homme s’introduit par effraction en escaladant le balcon, pénétrant dans la chambre de la jeune femme avant de se masturber devant elle et de tenter de la forcer à le toucher. Elle parvient à se débattre, à quitter la pièce et à attraper son téléphone. L’homme commence à s’enfuir, la jeune femme réussit à prendre une photo de son agresseur.
« Quand il m’a vu prendre la photo, il s’est retourné, m’a attrapée et dit qu’on allait remonter dans la chambre pour être plus tranquilles. Il m’a coincée contre l’escalier, s’est mis à m’étrangler. Je n’avais plus d’air et me suis dit que tout allait s’arrêter là. J’imaginais mes parents me retrouver dans la maison », dit-elle la voix tremblante. « Je suis tombée. Je ne sais pas s’il a vérifié si j’étais vivante, je sais juste qu’il est allé chercher un couteau. J’ai senti la lame me déchirer le dos ».
L’homme prend la fuite, emportant le téléphone. La jeune femme réussit à sortir de la maison et est recueillie par deux voisins. Les constatations médicales feront état de griffures profondes au dos, d’un hématome à l’intérieur de la cuisse, de douleurs à la mâchoire, de marques au cou, et d’un état de stress post-traumatique intense.
L’expertise psychologique de la victime, réalisée en janvier 2024, confirme la gravité du traumatisme. « Cela fait maintenant 4 ans, et il a tout cassé à l’intérieur de moi. Je souhaite devenir avocate ou magistrate, et j’entre aujourd’hui dans cette salle non pas comme professionnelle, mais comme victime ». Un parcours douloureux pour la jeune femme qui a néanmoins réussi à obtenir son Master de droit. « Cela m’a pris plus de temps que les autres, mais je l’ai eu », précise-t-elle, la voix brisée, mais fière.

Emprisonnement, interdiction de paraitre à Saint-Martin

L’auteur des faits est bien connu de la justice. Condamné à plusieurs reprises, notamment pour exhibition sexuelle et violences aggravées, il était en état de récidive légale lors des faits. Il a été interpellé le 5 juin 2021, caché sous un buisson à Grand-Case. Lors de l’audience, l’accusé présent en visioconférence depuis Basse-Terre a adopté une posture provocante, donnant des réponses laconiques et évasives, niant les faits d’agression sexuelle.
Maître Surya Petit, l’avocate de la victime, dénonce une attitude non coopérative et une absence totale de remise en question, indiquant : « Monsieur est un danger pour toutes les femmes ». « Il a reconnu les faits en garde à vue. Aujourd’hui on ne comprend pas sa position qui est totalement irrespectueuse. Nous aurions aimé un peu de décence de la part de cet individu pour reconnaître ses responsabilités », a-t-elle poursuivi avant d’ajouter : « Monsieur a déjà été condamné pour agression sexuelle et semble inarrêtable; c’est un fou furieux et un délinquant sexuel ».
Dans ses réquisitions, la procureure s’est directement adressée à la jeune femme. « Bravo. Quel courage d’être venue aujourd’hui. Vous êtes forte, si vous souhaitez devenir magistrate, ne lâchez pas votre rêve », avant de s’adresser au prévenu. « Cet homme est dangereux, en récidive, son casier judiciaire est éloquent. La justice doit prendre ses responsabilités. Il s’agit d’un criminel sexuel ». Elle a requis une peine de 10 ans de prison avec mandat de dépôt et un suivi socio-judiciaire strict, avec injonction de soins, interdiction de port d’arme, et interdiction définitive de paraître à Saint-Martin.

Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public et a condamné l’homme à dix ans d’emprisonnement, à un suivi socio-judiciaire de deux ans et à une interdiction de paraître à Saint-Martin. Il sera également inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles et devra s’acquitter de 33 000 € au titre des dommages et intérêts : préjudices moraux, sexuels, universitaires, matériels, et frais de déménagement. 

Diane Pezeron-Dubois