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Une île sans récif est vouée à disparaître…

Par Ann Bouard
20 November 2025
Karim Miksa, chef de l’UT DEAL lors de la réunion du comité local de l’IFRECOR.

Le comité local IFRECOR, présidé pour la première fois par le Préfet Cyrille Le Vely, s’est réuni vendredi dernier. L’objectif : finaliser les fiches d’actions concrètes qui visent à protéger, entre autres, les récifs coralliens. La volonté est de passer de la réflexion au concret avec des actions pratiques. Un travail mené dans un contexte d’urgence, alors que l’état des récifs et des écosystèmes littoraux de Saint-Martin continue de se dégrader. 

L’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR), créée en 1999, vise à promouvoir la protection et la gestion durable des récifs coralliens et des écosystèmes associés (mangroves et herbiers) dans les outre-mer. Elle fonctionne selon des programmes d’actions quinquennaux. L’IFRECOR a adopté en novembre 2022 son 5e programme d’actions (2022-2026), décliné ou adapté par les dix comités locaux, le 10e étant celui de Saint-Martin, créé en janvier 2024. Celui de Saint-Barthélemy avait été mis en place en 2018, la Collectivité ayant la compétence environnement. 
À Saint-Martin, le Comité a débuté ses travaux en juillet 2024. Une seconde réunion, en novembre de la même année, avait permis de définir un plan de 26 actions. La séance du 14 novembre dernier visait à détailler et à déterminer les actions urgentes tout en précisant les acteurs responsables et les budgets nécessaires. La priorité désormais est d’engager rapidement la mise en œuvre.

La biodiversité menacée

Si certains sont encore sceptiques sur les effets du changement climatique et des conséquences de l’action humaine sur la nature,  l’état des récifs coralliens de Saint-Martin confirme l’urgence d’agir. Sur les huit stations de suivi de la Réserve naturelle, quatre sont classées en état médiocre, trois en mauvais état et une en état moyen. La dégradation affecte la reproduction, la taille et la diversité des poissons, alors que 1 200 espèces sont répertoriées sur les 3 060 hectares de réserve. Les récifs abritent à eux seuls 25 % de la biodiversité locale.
La mangrove, autre écosystème essentiel, car elle constitue la principale barrière contre la mer, notamment lors d’une houle cyclonique, a, elle aussi, fortement reculé : 40 hectares dans les années 1950 contre seulement 24 hectares en 2023. Sargasses, deux épisodes successifs de fortes températures marines, artificialisation du littoral et augmentation des usages humains contribuent à cette régression. Tout l’enjeu est d’enrayer cette dynamique. 

Montée des eaux et trait de côte en recul, que faire ?

La Réserve a enregistré 270 demandes d’autorisation de travail en mer émanant de 90 entreprises. Si aucun seuil n’a encore été défini, la question de la capacité d’accueil maximale se pose clairement pour éviter la surexploitation des milieux. A quel moment ne sera-t-on plus en mesure d’accueillir des visiteurs pour protéger les écosystèmes ? Dans l’hexagone, des villes ont déjà fait ce choix de limiter l’afflux de visiteurs sur certains de leur site. Pour une île qui dépend du tourisme, le choix est cornélien.
Mais, on constate déjà des changements à Grand Case, où la plage a perdu 20m, à la Baie Orientale où le trait de côte recule indéniablement au Club Orient,… Un endroit où le Conservatoire du Littoral a lancé une étude, supprimé les enrochements au niveau du restaurant chez Pedro’s, et installé une caméra. Il apparait que le stock sédimentaire se décale vers Mont Vernon. L’installation de ganivelles pour retenir le sable qui va dans les terres est envisagée à titre d’expérimentation. Car le ré-ensablement est coûteux et non pérenne. Pour la DEAL, il y a deux écoles pour palier le problème : geler l’urbanisation et déplacer les populations ou limiter l’urbanisation tout en préservant le littoral avec des brises lames, et travailler sur les ravines et replanter.  Et c’est le serpent qui se mord la queue car le sable est fabriqué par les récifs … et maintenu par la végétation. CQFD ! 
C’est aussi l’effet papillon, car les étangs nécessitent des ouvertures d’exutoires de plus en plus fréquentes, les sargasses qui sont une réaction de la nature contribuent à l’affaissement des plages : pour 15 000 tonnes d’algues ramassées, ce sont 7 tonnes de sable qui disparaissent.

Les priorités

Sur les 26 actions inscrites dans le plan local, 16 ont été jugées prioritaires et sont à réaliser sur les cinq années à venir, assorties d’une communication forte pour sensibiliser la population. Certaines, comme l’évaluation de l’impact des événements majeurs (blanchiment, cyclones, sargasses, maladies), ou la collecte de données ont déjà débuté. Pour les autres, priorité sera donnée à la réduction des pressions anthropiques, à la restauration des coraux et la création d’habitats artificiels, à la restauration de la mangrove…
Le prochain bilan de l’IFRECOR sera publié en novembre 2026. On l’a bien compris, la terre va perdurer, mais les sociétés qui y vivent vont disparaître si rien n’est fait.    

Ann Bouard