Un CIOM resserré pour répondre à l’urgence, en attendant l’acte II
Deux ans après l’annonce en grande pompe de 72 mesures pour les outre-mer, un Comité interministériel d’un tout autre genre s’est tenu ce jeudi 10 juillet, non pas à Matignon, mais rue Oudinot à Paris. Plus discret, plus resserré, ce CIOM version 2025 n’avait pas pour ambition de brasser large. Il s’est concentré sur trois urgences majeures : la situation à Mayotte, la lutte contre la vie chère et la sécurité.
Dans un contexte politique instable qui a repoussé l’échéance à plusieurs reprises depuis 2024, ce rendez-vous était attendu. Le Premier ministre François Bayrou et le ministre des Outre-mer Manuel Valls l’ont voulu pragmatique. Pas de grand-messe ni de consultations préalables cette fois-ci, au grand dam des parlementaires, mais des annonces concrètes, parfois techniques, pour tenter d’alléger les tensions sur le terrain. Un CIOM de gestion, en somme, qui pose les jalons d’une seconde étape plus concertée, prévue d’ici la fin de l’année.
Vie chère : un projet de loi pour bousculer les monopoles
C’est le sujet qui cristallise la colère dans les territoires : le coût de la vie, particulièrement dans l’alimentation et l’énergie, mais aussi sur les pièces automobiles ou encore les services bancaires. En Martinique, une mobilisation d’ampleur en fin d’année dernière avait poussé l’État à agir. Depuis, selon Matignon, les prix au détail auraient baissé en moyenne de 10 % sur l’île grâce notamment à l’exemption de TVA sur plus de 6 000 produits. Mais, pour les autres territoires, rien n’a bougé.
Un projet de loi contre la vie chère devrait donc être présenté en Conseil des ministres le 30 juillet prochain. Il prévoit plus de transparence dans la formation des prix, davantage de concurrence en luttant contre les monopoles et oligopoles, un soutien renforcé aux filières locales, un suivi plus rigoureux des Observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR) et l’élargissement du Bouclier Qualité-Prix (BQP) à d’autres secteurs que l’alimentaire, notamment l’automobile et certains services.
À cela s’ajoutent trois décrets d’application déjà prêts, une circulaire envoyée aux préfets pour coordonner les actions dans chaque territoire, et un projet de règlement européen, validé par Bruxelles, visant à adapter certaines normes dans les Régions ultrapériphériques (RUP - dont fait partie Saint-Martin). Le texte gouvernemental intégrera également des propositions de plusieurs parlementaires ultramarins. Une conférence annuelle sur la vie chère sera par ailleurs organisée dans chaque territoire pour garantir un suivi régulier.
Sécurité : ports, aéroports et frontières en ligne de mire
La sécurité faisait partie des priorités de ce CIOM, en raison de la montée des trafics et l’implantation généralisée sur tout le territoire de réseaux criminels. Les Antilles sont l’une des régions les plus concernées.
Le gouvernement prévoit neuf mesures pour répondre à cette menace dont l’intensification des contrôles, la protection renforcée des populations vulnérables, et l’anticipation des catastrophes naturelles. Parmi les annonces : le déploiement de scanners mobiles en Guyane et à La Réunion, des opérations de contrôle renforcées, notamment dans les zones portuaires, aéroportuaires et littorales, là où transitent les flux illicites.
Bruno Retailleau attendu aux Antilles en août
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau prévoit de se rendre aux Antilles en août, pour affiner la stratégie de lutte contre le narcotrafic, étroitement lié à l’insécurité du quotidien. Une prise de température avant un autre CIOM à l’automne prochain, qui devrait cette fois être plus participatif. Chaque territoire ultramarin sera en effet invité à organiser des consultations publiques avec les élus, les associations, les entreprises et les citoyens. L’objectif : adapter les mesures nationales aux réalités locales. Ces assises locales porteront notamment sur le changement climatique, la coopération régionale, la lutte contre les violences intrafamiliales, l’autonomie alimentaire et le soutien à la jeunesse et aux entreprises.
Un CIOM territorial se tiendra ensuite dans chaque collectivité avant la grande réunion nationale de fin d’année, au cours de laquelle sera fixée la nouvelle feuille de route de l’État pour les territoires ultra-marins.