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Succession Beauperthuy : changement de cap

Par Ann Bouard
17 Septembre 2026

Neuf mois après avoir validé l’acquisition des 22‭ ‬parcelles issues de la succession Beauperthuy pour 38‭ ‬M€‭, ‬la Collectivité change de stratégie‭. ‬Terres Caraïbes doit désormais acheter et porter l’intégralité des quelque 198‭ ‬hectares‭. ‬Un montage qui permet à Saint-Martin d’étaler la dépense sur 15‭ ‬ans‭, ‬mais dont le coût prévisionnel pourrait atteindre les 56‭ ‬M€‭.‬

Le dossier Beauperthuy est l’un des plus anciens et des plus complexes de Saint-Martin. Le 10 juin 2025, 164 ans après le décès de Pierre Beauperthuy, le tribunal judiciaire de Basse-Terre a autorisé la vente de gré à gré à la Collectivité, ou à une personne morale pouvant s’y substituer, de 22 parcelles représentant 1 984 545 m² pour 38 M€. Cette décision a permis d’abandonner la procédure de vente judiciaire aux enchères.
En décembre 2025, le conseil territorial avait validé un premier plan de financement réparti entre l’établissement public foncier guadeloupéen Terres Caraïbes (13 parcelles pour 13,06 M€), la Collectivité avec l’appui de la Banque des Territoires (6 parcelles pour 18,01 M€) et la Semsamar (3 parcelles pour 6,92 M€).
Lors du conseil territorial du 10 septembre, la Collectivité a soumis au vote des élus un nouveau plan, justifié par la nécessité de conserver la maîtrise sur les parcelles et éviter leur dispersion entre différents propriétaires. La Semsamar sort donc du montage et Terres Caraïbes va acquérir l’ensemble pour le compte de la Collectivité. Alain Richardson, 1er vice-président et PDG de la Semsamar, a expliqué ce changement par la pression exercée par l’administrateur de la succession sur les délais de réalisation et de signature des actes…. Mais il a également indiqué que la Semsamar pourrait acquérir certaines parcelles par la suite, en fonction des projets retenus.

De 38 M€ à l’achat à 56 M€ sur quinze ans

Concrètement, Terres Caraïbes avancera les 38 M€ en contractant notamment un emprunt auprès de la Banque des Territoires. La Collectivité remboursera ensuite l’établissement public foncier pendant une durée maximale de quinze ans. Pour l’exécutif, ce montage présente un double intérêt : sécuriser immédiatement la maîtrise publique de cette importante réserve foncière sans mobiliser 38 M€ d’un coup et préserver ainsi sa capacité à financer ses autres politiques publiques. Mais, selon l’échéancier prévisionnel, les intérêts et autres frais liés au portage représenteraient environ 18 M€ supplémentaires, soit près de 47 % du prix des terrains. La directrice générale de Terres Caraïbes a cependant expliqué qu’un remboursement annuel du capital, plutôt qu’un remboursement à terme, pourrait permettre d’économiser environ 6 M€ d’intérêts. Dans cette hypothèse, le coût global pourrait être ramené aux alentours de 51 M€, soit environ 3,4 M€ par an à rembourser. 
Mais ce montant n’est, à ce stade, qu’une projection : le document soumis aux élus retient bien une estimation de 56 M€ et le coût définitif reste encore à préciser. Un bilan foncier et financier sera réalisé tous les trois ans pour prendre en compte les sommes déjà remboursées, le capital restant dû et les éventuelles ventes de terrains. Le produit de ces cessions viendra diminuer la somme restant à rembourser. Certaines parcelles sont par ailleurs déjà occupées et génèrent des loyers qui seront reversés à Terres Caraïbes pendant le portage et intégrées au bilan de l’opération. La convention elle-même pourra encore être revue dans les prochains mois.
Lors du même conseil territorial, les élus ont également validé l’acquisition par Terres Caraïbes de deux parcelles à Sandy Ground, destinées au centre culturel et aux places de parking. Les Domaines les ont évaluées à 400 500 €. Avec les frais de portage sur 5 ans, de notaire, d’assurance, de taxe foncière et d’entretien, le coût prévisionnel total atteint 482 542 €.

Sait-on où l’on va ? 

C’est la question posée par l’opposition lors des débats. Marie-Dominique Ramphort a précisément interrogé l’exécutif sur cette absence de montant définitivement arrêté et sur certains frais encore difficiles à chiffrer. Elle a également souligné qu’aux remboursements annuels s’ajoute la contribution versée à Terres Caraïbes, à hauteur d’environ 600 000 € par an, portant selon son calcul l’effort annuel potentiel autour de 4,3 M€.
Daniel Gibbs, soulignant que ce portage est la conséquence du refus des banques de financer l’opération, a pour sa part proposé de classer provisoirement les parcelles en terres agricoles, donc non constructibles, jusqu’à ce que la Collectivité soit prête à les aménager. Une proposition jugée non réaliste par Alain Richardson, notamment parce qu’une telle décision pourrait être contestée alors qu’un prix a déjà été établi par les Domaines.
Car là aussi, aucune précision quant à quoi seront affectés ces terrains situés dans le secteur de la Baie Orientale n’a été donnée : logements sociaux, hôtels, équipements, services publics ? Ou protection des espaces naturels ? Le CESC, bien qu’ayant rendu un avis favorable sur le principe, a exprimé lui aussi des réserves liées au coût du dispositif.
Mais quand la majorité décide, peu importe les avis ou les objections ; pour preuve le ton des débats de ce dernier conseil territorial. La délibération a donc été adoptée avec 13 voix pour.       

Ann Bouard