Vols en série à l’hôtel Belmond La Samanna
Les faits datent de l’année dernière mais leurs auteurs sont passés devant le juge jeudi 17 septembre lors d’une audience qui a permis de reconnaître leur
culpabilité.
L’expression « vol en bande organisée » est bien appropriée pour cette affaire dans laquelle trois amis, employés de l’hôtel, avaient manigancé un plan pour dérober de l’argent aux clients. Les établissements de luxe comme l’hôtel Belmond La Samanna se font plutôt discrets lorsque ce genre d’incident arrive et préfèrent en général s’arranger à l’amiable avec leurs clients en les dédommageant sans publicité tapageuse qui pourrait nuire à leur réputation.
Mais c’était sans compter sur l’un d’entre eux qui a insisté auprès de la direction pour que les gendarmes interviennent après qu’il eut constaté qu’une certaine somme en espèces avait disparu de sa chambre. C’est à ce moment-là que le pot aux roses a été découvert. Les trois employés concernés avaient des postes clés et complémentaires qui leur ont permis de monter leur stratagème en pensant qu’ils ne pourraient pas être inquiétés : le premier travaillait au service informatique, le deuxième à l’accueil, et le troisième au service de la clientèle.
Un système bien rôdé
Après avoir sélectionné les clients les plus fortunés qui possédaient potentiellement de l’argent liquide en grande quantité, l’un s’occupait de fabriquer frauduleusement des cartes d’accès aux chambres, le deuxième effaçait les traces des transactions malveillantes sur le système informatique, et le dernier s’assurait que les clients étaient loin de leurs appartements. Ensuite ils s’introduisaient discrètement dans les chambres pour y dérober l’argent convoité (parfois même dans les coffres privés à l’aide d’un double de clé).
Ni vus ni connus, ils n’avaient plus qu’à se partager le magot. Perfectionnistes jusqu’au bout, les trois voleurs avaient cru bon de créer un groupe WhatsApp pour s’échanger les informations nécessaires à leurs agissements, et pour les commenter ensuite. Dénué de tout discernement, l’un d’entre eux déposait même l’argent sur son compte bancaire le lendemain des vols. Mais qui donc a eu l’idée ? A ce stade, plus rien n’est très précis, car en effet les trois « amis » n’ont eu de cesse de se rejeter la faute devant le juge afin de minimiser leurs responsabilités.
C’est pas moi, c’est l’autre
La belle solidarité dont ils avaient fait preuve pour faire leurs cambriolages s’est soudain effritée, chacun n’hésitant pas à « balancer » ses petits camarades sans vergogne allant même jusqu’à mettre en doute l’égalité des partages du butin. Difficile alors pour le tribunal de différencier le vrai du faux mais après de longs débats, l’un d’entre eux a finalement été désigné comme le chef de la bande. En quatre fois, réparties entre fin juin et début juillet 2025, les voleurs se sont emparés d’environ 9 000 dollars américains et presque autant en euros.
Lors de leur audition, ils ont avoué qu’ils avaient commencé à détrousser les clients en décembre de l’année précédente, se croyant à l’abri de tout soupçon puisque pendant six mois personne n’a découvert leur petit manège malhonnête. Et surtout, cerise sur le gâteau, les trois prévenus affirment sans hésiter qu’ils ne sont pas les seuls voleurs à la Samana. En effet selon eux, il y a de nombreuses personnes qui dévalisent les clients, et ça fait longtemps que ça dure, mais eux n’ont pas eu de chance car une de leurs victimes a donné l’alerte. Dommage.
Chaque choix a son prix
Compte tenu de l’absence d’antécédents judiciaires, les prévenus ont été condamnés à de légères peines. Deux ont retrouvé du travail dans l’hôtellerie (mais oui) côté hollandais, et le troisième est désormais sans emploi. Mais avec cette affaire on observe avec pertinence qu’il est courant d’entendre de fréquentes rumeurs selon lesquelles les jeunes saint-martinois sont souvent tenus à l’écart des emplois dans le domaine touristique, et qui plus est dans le haut de gamme. L’hôtel Belmond La Samanna est la preuve du contraire, mais si certains ne se rendent pas compte de l’opportunité professionnelle qui leur est offerte et se livrent à des actes répréhensibles, ils n’auront plus que leurs yeux pour pleurer.