Étude INSEE-ITSEE : « En dix ans, Saint-Martin a perdu 4 200 résidents »
Lundi 6 juillet, l’Institut territorial de la statistique et des études économiques de Saint-Martin (ITSEE), en partenariat avec l’Institut national de la statistique (INSEE) Antilles-Guyane, présentait au sein de ses locaux à Hope Estate une nouvelle étude. Ce travail analyse des données collectées entre 2012 et 2023.
En 2022, la partie française de l’île compte 31 500 habitants. « En dix ans, Saint-Martin a perdu 4 200 résidents, soit une baisse de 12 % », explique Patrick Hernandez, directeur interrégional de l’INSEE Antilles-Guyane. Un recul démographique qui aurait débuté en 2008 et qui se serait accéléré après le passage de l’ouragan Irma en 2017. Selon l’étude, cette baisse s’explique par différents facteurs. Tout d’abord, par le « solde migratoire », avec des départs plus nombreux que les arrivées. Par ailleurs, la natalité serait en recul. Même si les naissances demeurent plus nombreuses que les décès, elles ne suffiraient plus à compenser la perte de population. Dans le même temps, la mortalité a augmenté de « 20 % entre 2012 et 2022 », révèle cette analyse, avec un pic pendant la crise sanitaire liée au Covid-19.
Une population marquée par les mobilités
La population saint-martinoise se compose « d’un tiers de natifs, d’un tiers d’immigrés et d’un tiers de personnes nées dans une autre région française », explique Patrick Hernandez. Cette structure illustre l’importance des mouvements de population dans l’équilibre démographique local. Un équilibre fragile, qui serait remis en cause par des départs plus nombreux que les arrivées. En l’absence de formation post-bac sur le territoire, les jeunes Saint-Martinois quittent l’île pour poursuivre leurs études. Un aller souvent sans retour, car le territoire n’offre que « 11 % de postes de cadres, contre 22 % en Hexagone ». Les jeunes diplômés construisent alors leur vie loin de leur île d’origine. Résultat, selon l’ITSEE et l’INSEE, la population saint-martinoise vieillit. En 2022, les professionnels de la statistique dénombrent « 36 seniors de plus de 65 ans pour 100 jeunes de moins de 20 ans contre 16 en 2012 ». L’étude met également en avant une diminution de la taille des ménages. Un phénomène qui se manifeste par « l’augmentation des petites résidences principales », tandis que les tensions immobilières demeurent, notamment en raison de « l’augmentation du nombre de logements vacants et de logements destinés au tourisme ».
Une économie encore fragilisée par les crises successives
Véritable poumon économique de l’île, en 2022, le tourisme n’aurait toujours pas retrouvé son niveau d’avant Irma. Le secteur de l’hébergement et de la restauration a été lourdement touché par le cyclone, puis par la crise sanitaire de 2020. Entre 2017 et 2021, la richesse créée par ce secteur aurait reculé de près de 27 %. Néanmoins, l’étude met en avant une progression du taux d’emploi des 15-64 ans. « 54 % » des résidents déclarent être en activité en 2022 contre « 50 % » en 2012. Autre signe encourageant, le salaire médian aurait augmenté plus vite qu’en Guadeloupe, atteignant « 1970€ » en 2022 soit une progression de « 15,6 % » depuis 2019. Des données encourageantes qui pourraient toutefois être affinées, notamment grâce à une prochaine collaboration qui devrait être mise en place entre l’ITSEE de Saint-Martin et l’organisme de statistiques de Sint Maarten. Ce travail commun pourrait ainsi permettre de mieux comprendre les dynamiques démographiques, économiques et sociales sur l’ensemble de l’île.