Air Antilles : des regrets, mais pas de remords
Louis Mussington et trois des vice-présidents, Alain Richardson, Bernadette Davis et Michel Petit, sont revenus sur la liquidation sèche de la compagnie Air Antilles lors d’un point presse jeudi dernier. « Un coup dur pour les salariés et pour la Collectivité » mais qui ne remet pas en cause la motivation de départ, celle de défendre la continuité territoriale et le désenclavement du territoire, coûte que coûte.
« Ce qu’il faut retenir, c’est que nous nous sommes battus jusqu’au bout… Il fallait maintenir l’équilibre du transport aérien en Guadeloupe, en Martinique et à Saint-Martin mais également pour la zone Caraïbe et faire en sorte qu’il y ait des prix raisonnables pour le commun des mortels », a justifié Louis Mussington après une pensée pour les salariés pour qui c’est un « coup dur ». Un coup dur également pour la Collectivité qui « a investi 20 M€ avec l’espoir de se faire rembourser à un moment donné... Malheureusement ce n’est pas le cas aujourd’hui » a poursuivi le président, déplorant le manque de soutien de l’État et des Collectivités territoriales locales.
Un abandon des pouvoirs publics
Louis Mussington dénonce en effet un abandon des pouvoirs publics, regrettant que la Guadeloupe et la Martinique n’aient pas tenu leurs promesses (à hauteur de 2,5 M€ chacune), malgré la présence majoritaire des salariés sur leurs territoires. Même reproche vis-à-vis de l’État, pourtant informé des négociations menées avec les îles avoisinantes pour la mise en place d’un partenariat entre la Collectivité, Air Antilles et Liat. « Tout cela n’a pas été pris en compte. La sagesse de la population saint-martinoise en optant pour ses propres statuts et son autonomie pour sortir de l’archipel de la Guadeloupe a été vraiment le bon choix. Je reste convaincu que nous avons mené un combat courageux et juste, qui malheureusement n’a pas abouti » a regretté le président.
« Saint-Martin a fait ce qu’il fallait faire » a répété à plusieurs reprises Alain Richardson, faisant part de sa déception et du sentiment d’être victime au vu de l’indifférence de certains. En effet pour le 1er vice-président, le soutien des pouvoirs publics pour garantir la survie de certaines entités est une nécessité, citant pour exemples Air France, EDF, Renault, CMA CGM ou Corsair. Mais les décisions de la DGAC ont également joué un rôle selon le vice-président, estimant que pour eux la position était claire, Air Antilles devait disparaître dès le départ ! « Saint-Martin peut se considérer comme étant victime », car « il était clair que la Collectivité seule ne pouvait pas garantir le développement de la compagnie, mais nous avons assumé nos responsabilités, nous avons pris le leadership » conclut sur ce point Alain Richardson.
Un arrêt sans conséquences
« Il n’y aura pas de conséquences, à part le fait que nous ayons perdu 20 millions » a poursuivi le président. Quant à l’impact sur les projets en cours, et à savoir si sa mandature aura les moyens de ses ambitions, il a tenu à préciser que la Collectivité examinait d’autres sources de financement pour le programme pluriannuel d’investissement : « nous allons continuer à réfléchir sur les différentes stratégies pour pouvoir se donner les moyens de nos politiques publiques en matière d’investissements ».
Concernant les futures élections, là aussi la question s’est posée, mais pour Louis Mussington, « l’électorat continuera à faire un choix raisonnable et réfléchi entre l’immobilisme, l’irresponsabilité, le dégagement d’office de fonds européens, et l’engagement politique sur lequel nous nous sommes engagés et je n’ai aucune inquiétude ».
Il reste cependant la problématique des passagers, dont le remboursement des billets est désormais entre les mains du liquidateur judiciaire. « La Collectivité suivra de près cet aspect car ce sont des familles qui ne roulent pas sur l’or, qui se retrouvent triplement pénalisées. On verra comment cela pourra être traité et quelles pourraient être les solutions légales à apporter » a indiqué Alain Richardson.
Enfin, concernant le fameux audit demandé par la Collectivité, le rapport a été volontairement gardé secret afin de « ne pas décourager d’éventuels repreneurs et préserver les chances de sauvetage d’Air Antilles ». Le Président a fermement démenti la disparition de 8 M€, qualifiant ces accusations d’infondées. En revanche, il admet que le rapport était accablant et mettait clairement en évidence des « incompétences, des abus dans un certain nombre de domaines, et un patchwork dans le sens où ce n’était pas de vrais professionnels en charge du management ». Il n’y avait donc rien de nébuleux dans tout cela…