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Percuté et abandonné sur la route

Par Sunita Mittal
20 Mars 2026

Le 13‭ ‬mars‭, ‬le tribunal de Marigot a rendu son jugement dans une affaire d’accident de la route survenue en 2023‭. ‬Un jeune conducteur avait percuté un scooter avant de prendre la fuite‭.‬

Le 13 mai 2023, T.V., 24 ans ce soir-là, circule au volant d’un véhicule de location sur la route nationale longeant l’aéroport, en direction de Grand Case. À ses côtés, sa passagère A.R., professionnelle de santé, absente à l’audience. Il effectue une manœuvre de dépassement et double un véhicule, celui de deux gendarmes en repos. Au moment de se rabattre, l’avant gauche de son SUV percute E.B., 21 ans, qui arrive en sens inverse sur son scooter. L’un des militaires témoins décrit avoir vu le jeune homme « voler comme une poupée de chiffon ». Les deux gendarmes indiquent néanmoins n’avoir pas vu le deux-roues avant l’impact, celui-ci circulant sans éclairage, proche de la ligne centrale. E.B. est grièvement blessé : fractures multiples, pneumothorax, pronostic vital engagé.
Il restera dix jours dans le coma, subira des greffes de peau et sera hospitalisé près de huit mois en Guadeloupe. Son incapacité totale de travail est fixée à 120 jours. Les analyses révèlent par ailleurs qu’il était sous l’emprise du cannabis au moment des faits. À l’audience, il peine encore à rester debout. « Je n’ai pas de souvenirs de l’accident», déclare-t-il.

4,5 kilomètres de fuite

Malgré le déploiement des airbags et les dommages visibles sur le véhicule, T.V. ne s’immobilise que quelques secondes avant de repartir. À la barre, il déclare : « Je ne savais pas que j’avais renversé quelqu’un. » Il justifie sa fuite par la présence de scooters dont les conducteurs lui auraient semblé menaçants. Les deux gendarmes témoins, qui le suivent afin de noter sa plaque d’immatriculation, ne font pas état d’un tel comportement. T.V. est intercepté plusieurs kilomètres plus loin. Ses analyses révèlent la présence d’alcool ainsi que celle de cannabis et de cocaïne.

« Tout est bon pour sauver sa peau »

La défense demande la relaxe, estimant que les fautes reprochées à T.V. ne sont pas suffisamment précises dans la citation. « La faute n’est ni démontrée ni caractérisée », soutient l’avocat, relevant une convocation lacunaire. Il souligne par ailleurs que le scooter d’E.B., sans éclairage et proche de la ligne centrale, n’était pas visible, comme le confirment les témoins eux-mêmes, malgré les contestations de ce dernier. Face à la défense, la procureure affiche un scepticisme marqué. Elle réclame un an d’emprisonnement ferme et la confiscation du véhicule à l’encontre de T.V., et six mois avec sursis pour sa passagère A.R. pour non-assistance à personne en danger. « Tout est bon pour sauver sa peau », affirme-t-elle.
Le tribunal a condamnée T.V à un an d’emprisonnement assorti du sursis pour délit de fuite. A.R. est relaxée faute de preuves suffisantes. E.B., poursuivi pour conduite sous l’emprise de stupéfiants et circulation d’un véhicule non conforme, est condamné à deux amendes de 100 € et 400 €. La question de l’indemnisation est renvoyée devant le tribunal pour une audience sur les intérêts civils. 

Sunita Mittal