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« Un territoire aussi exigeant qu’attachant » : Olivier Beaufour revient sur son parcours à Saint-Martin

Par Lise Gaeta
3 Juillet 2026

En 2026, les services de l’Éducation nationale se renouvellent à Saint-Martin. Suite à l’annonce de la nouvelle rectrice Nicole Noilhetas et les départs d’Annick Raghouber, directrice de l’école élie Gibs à Grand Case, Ghyslaine Mussington, professeure d’anglais et André Botino, professeur des écoles, nous avons rencontré Olivier Beaufour, conseiller en ingénierie de formation auprès du vice-recteur, lui aussi prêt à quitter le territoire.

Après 23 ans à Saint-Martin, à l’heure de son départ, motivé par des raisons familiales, Olivier Beaufour revient sur les projets qui ont marqué son parcours, les chantiers restés en suspens et les défis qui attendent encore le territoire. 

Que retenez-vous de votre séjour sur le territoire ? 

Je suis venu pour la première fois à Saint-Martin en 1998 dans le cadre de recherches universitaires en géopolitique, avant de m’y installer définitivement en 2003. Après avoir été directeur d’école et enseignant spécialisé auprès d’élèves en situation de handicap, j’ai rejoint le rectorat au sein du service de l’Éducation nationale des îles du Nord. J’ai alors occupé le poste de conseiller en ingénierie de formation auprès du vice-recteur de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin. Une fonction qui consiste à organiser la formation continue des personnels de l’Éducation nationale.
Je retiens avant tout un territoire aussi exigeant qu’attachant. Les défis éducatifs, sociaux et linguistiques y sont nombreux, mais ils révèlent surtout un formidable potentiel. J’ai toujours eu à cœur de contribuer, avec humilité et conviction, à construire des réponses adaptées aux réalités du territoire. Je garderai enfin le souvenir d’une communauté éducative profondément engagée. Le plurilinguisme, la capacité d’adaptation et la résilience sont autant de richesses qui méritent d’être reconnues et valorisées.

À quels projets avez-vous participé ? 

J’ai eu la satisfaction d’être à l’initiative de plusieurs projets structurants pour le territoire. Parmi ceux-ci, j’ai notamment participé à la création d’une classe pour l’inclusion scolaire (CLIS) dédiée aux élèves présentant des troubles du spectre de l’autisme, à l’école Nina Duverly, mais également à la mise en place de classes de section d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) à Quartier d’Orléans. J’ai aussi initié la création de la Cité éducative et porté des campagnes de sensibilisation aux risques liés aux écrans.

Quels projets auriez-vous aimé mener à bien ? 

Plusieurs projets me laisseront un goût d’inachevé. Je pense notamment au Campus connecté, qui aurait permis à davantage de jeunes de poursuivre des études supérieures sans quitter l’île. Je pense également au Réseau pédagogique expérimental, un projet validé par l’ensemble des partenaires institutionnels, qui proposait de repenser l’organisation de l’école primaire et de faire évoluer certaines pratiques pédagogiques au service de la réussite des élèves. J’espère sincèrement qu’il pourra, un jour, trouver les conditions favorables à sa mise en œuvre.

Selon vous, quels sont les grands défis auxquels le territoire est confronté en matière d’éducation ? 

Les défis restent nombreux. Le premier consiste à mieux mesurer l’impact des politiques éducatives : il ne s’agit pas de multiplier les actions, mais de s’assurer qu’elles produisent des effets concrets pour les élèves et leurs familles. La question linguistique demeure également essentielle : promouvoir la francophonie tout en valorisant les langues et les cultures des élèves et viser un haut niveau de maîtrise de l’anglais et de l’espagnol afin de leur offrir les meilleures opportunités. Enfin, l’école ne peut relever seule les enjeux du territoire. L’amélioration des conditions de vie, de l’emploi, du cadre de vie et des perspectives d’avenir des familles constitue aussi un levier de réussite éducative. C’est en agissant collectivement sur ces différents leviers que le territoire pourra pleinement révéler son potentiel.

Propos recueillis par Lise Gaeta

Lise Gaeta