Conjoncture économique : une reprise qui risque d’être freinée neté
Selon la dernière parution de l’Institut Territorial de la Statistique et des Études Économiques (ITSEE), les signaux enregistrés sur le 4e trimestre 2025 étaient plutôt encourageants pour l’économie du territoire. Mais cela va-t-il perdurer en 2026 ? Rien n’est moins certain. Les tensions géopolitiques et les prix de l’énergie ont déjà un impact en Europe, ralentissant l’économie en France et qui, par ricochet, risquent de mettre en péril l’économie des territoires d’outre-mer. Saint-Martin ne sera pas épargné.
Au 4e trimestre 2025 à Saint-Martin, la situation économique était contrastée. Le nombre de demandeurs d’emploi a légèrement reculé (-1,8 %), mais cette baisse s’explique surtout par l’application de la loi du plein emploi, et non par une amélioration réelle du marché du travail.
Dans le même temps, l’activité économique a montré des signes positifs : les créations d’entreprises sont reparties à la hausse (+4 % sur le trimestre, +11 % sur un an) et l’emploi salarié a progressé, avec 8 116 salariés (+15 % sur le trimestre, +5 % sur un an). Cette dynamique a été principalement portée par le secteur des services, qui représente 45 % des établissements et 41 % des emplois, avec une hausse de 7 % des effectifs.
En revanche, certains secteurs ont connu des difficultés. L’hôtellerie-restauration, qui pèse 14 % des employeurs et 23 % de l’emploi salarié, a enregistré une baisse de 2 % de ses effectifs. Le commerce, qui représente 23 % des employeurs et 18 % des salariés, a également reculé, mais plus légèrement (-1 %). Du côté des transports, le trafic aérien a régressé de 2 % sur un an, confirmant un ralentissement du secteur touristique. À l’inverse, le transport maritime et le fret ont progressé, avec une hausse des escales sur l’année et une forte progression du volume de marchandises de 10 % sur un an.
Enfin, sur le plan social et commercial, les indicateurs restent partagés. Le nombre de bénéficiaires du RSA a augmenté légèrement sur la fin de l’année (+1,6 %), tandis que l’activité commerciale repartait avec une meilleure fréquentation et un regain d’optimisme chez les commerçants, même si la prudence restait de mise. Au final, l’économie de Saint-Martin montrait des signaux encourageants, tirés par les services et la création d’entreprises, mais demeurait fragile, notamment en raison du ralentissement du tourisme et des incertitudes sur l’emploi.
À quoi s’attendre en 2026 ?
Selon la note de conjoncture de l’INSEE publiée en mars dernier, si la croissance mondiale résistait en 2025, l’inflation a cependant été ravivée et la croissance s’est fragilisée surtout en Europe. Aujourd’hui, la hausse du pétrole (≈ 100 $) a fait repartir l’inflation au-dessus de 3 % au premier trimestre 2026. Conséquence directe : une baisse du pouvoir d’achat des ménages et un risque de ralentissement économique. Les salaires progressent peu face à l’inflation et les ménages puisent dans leur épargne, et surtout commencent à réduire leurs dépenses. La situation dépend fortement de l’évolution des tensions géopolitiques et donc des prix de l’énergie.
Les effets immédiats
Ramenés au territoire, certains signes avant-coureurs ne trompent pas. Le prix à la pompe ne cesse d’augmenter depuis le mois de mars, enregistrant des hausses de 10 centimes le litre chaque semaine et passant de 1,19 €/L début mars à 1,45 €/L le 6 avril. Le gazole atteignait à la même date le prix de 1,73 € le litre. Pourtant, l’approvisionnement de Saint-Martin ne dépend pas du Moyen-Orient…
Les entreprises du territoire qui importent des marchandises se trouvent impactées par la hausse des transports. Air France a revu le coût de sa taxe de guerre à deux reprises et cela avant même les dates butoirs de mise en application, ce qui induit un coût du fret, notamment des produits frais en hausse constante. Quant aux autres marchandises arrivant par voie maritime, si les prix sont restés stables au premier trimestre de l’année, CMA CGM a augmenté au 1er avril ses coûts de transport. La surcharge carburant ajoute ainsi 271 € sur un conteneur de 40 pieds (326 € pour le réfrigéré).
Autre effet immédiat, le prix des billets d’avion entre les Antilles et l’Hexagone, qui a augmenté de 50 € en mars et à nouveau de 50 € début avril, (+ 100 € aller-retour en classe économique) sur les vols Air France. Air Caraïbes a également révisé sa surcharge carburant depuis le 11 mars, mais de manière plus mesurée
( 25 € par trajet en classes Soleil et Économique).
Parallèlement, les aides publiques déjà revues à la baisse, l’État français ayant resserré les cordes de la bourse, risquent de s’amoindrir pour les outre-mer. Quant à la bourse de la Collectivité, elle a été mise à rude épreuve et le renflouement des caisses à coups de crédits, là encore impactera la population qui un jour ou l’autre devra payer.
On le sait, les guerres n’enrichissent que les marchands de canons (expression qui devrait aujourd’hui être remplacée par marchands de drones) et ce qui augmente aujourd’hui a peu de chance d’être revu à la baisse demain.