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Le regard suspendu de Thomas Proust

Par Sunita Mittal
20 November 2025

Après le Street Art et ses fresques, le 97150 a choisi de consacrer une autre forme d’art, la photographie. De l’intimité des portraits en noir et blanc, aux clichés aériens éclatants, ils nous font découvrir à travers leur objectif Saint-Martin autrement, sa population différemment. Ils, ce sont ces artistes de l’image que l’on nomme plus communément, les photographes. Pour ce premier rendez-vous, focus sur Thomas Proust, 2e lauréat du concours Faces of Saint-Martin, qui vient également de dévoiler un livre photographique «Horizon». Entre passion et témoignage, rencontre avec un artiste qui sublime l’ordinaire à travers son objectif.

Au quotidien, Thomas sillonne l’île à la recherche du cliché qui révèlera l’essence d’un lieu ou l’émotion d’un instant. Mais loin des sentiers battus, l’artiste survole également l’île à bord d’un gyrocoptère, appareil photo en main. Cette expérience unique lui permet de capturer des images de l’île sous un angle rarement exploré. « Honnêtement, je n’ai aucune idée de mon style photographique », confie-t-il. « C’est peut-être à vous de me le dire, la beauté étant subjective, mon style l’est probablement aussi. »

Des portraits authentiques et naturels

« Les lumières du matin et du crépuscule transforment les scènes les plus banales en véritables tableaux vivants. » Pour Thomas Proust, la lumière naturelle constitue bien davantage qu’un paramètre technique : elle est le cœur battant de son œuvre. Cette approche lui a valu de briller au concours Faces of Saint-Martin, consacré cette année aux jeux d’ombres. Sans aucun artifice, ses portraits révèlent des visages vrais, aux émotions sincères. Une authenticité qu’il protège jusque dans la retouche, où il privilégie la sobriété et le respect des couleurs réelles. « Le mélange de cultures et de visages fait toute la richesse de l’île. Chaque quartier raconte une histoire différente, chaque rencontre en révèle une facette unique. » Une intimité avec Saint-Martin qui nourrit sa quête : saisir la beauté du réel.

Les défis de la photographie aérienne

Pour réaliser les clichés aériens de son livre “Horizon”, l’artiste a survolé la côte nord de l’île, « très sauvage et naturelle », qui pour lui, offre une vue presque complète. En raison des restrictions de l’aéroport de Juliana au sud, cette zone est le seul endroit propice pour obtenir les images voulues. « Je souhaitais centrer l’Anse Marcel, entourée de collines, pour que le regard se promène et découvre le reste de l’île », raconte-t-il en s’inspirant d’une photographie de Saint-Barthélemy réalisée par Laurent Benoit. Cependant, la technique en vol comporte son lot de défis car le gyrocoptère est en mouvement constant, vibrant sous l’effet du vent, ce qui rend la prise de vue délicate. « Mon seul appareil et objectif m’obligent à m’adapter en permanence. La priorité est d’obtenir une photo nette. » La météo joue également un rôle déterminant dans ce projet. De longues semaines de mauvais temps ont retardé la finalisation du livre, avec des ciels gris et des mers agitées.

Un hommage à la beauté de Saint-Martin

Avec humilité, Thomas précise qu’il n’est qu’un amoureux de Saint-Martin et de ses habitants. Bien qu’il soit photographe depuis son adolescence, une passion transmise par sa mère, ce dernier peine à se définir comme tel. « La photographie m’aide surtout dans mon travail de graphiste », précise-t-il. Pour ces derniers clichés, il a vécu son projet comme une opportunité de survoler l’île, de rencontrer des gens et de saisir l’instant présent. Thomas se veut témoin d’un territoire en constante évolution, ses œuvres permettent ainsi de redécouvrir l’île tout en invitant chacun à en apprécier la magie.                  

Sunita Mittal