Samy Shoker : un maître d’échecs entre deux mondes
En tournée dans les Caraïbes, Samy Shoker, en a profité pour répondre à l’invitation du SXM Chess Club et a animé durant quatre jours un stage ouvert à tous les échéphiles. Pour nous, il s’est également plié au jeu des questions-réponses. Entretien avec un Grand Maître International qui incarne une génération de joueurs résolument ancrés dans la modernité et tournés vers les jeunes pour leur transmettre la magie du jeu.
Né à Asnières-sur-Seine, le jeune franco-égyptien, découvre les échecs très jeune, avec son père dans un contexte où le jeu est une manière de sortir de son milieu. Ces 64 cases vont lui permettre de s’émanciper, de se construire et lui ouvriront les frontières : champion de France cadet en 2004, grand maître international en 2014, il a représenté l’Égypte aux olympiades mondiales, aux championnats du monde par équipes, et a conquis des podiums en Europe comme en Afrique. Pour lui, tout le monde peut gagner aux échecs, à la condition de ne pas jouer contre l’adversaire, mais avec le jeu.
Quel a été le moment décisif de votre carrière ?
Le championnat de France jeunes à Reims, en 2004. J’étais encore adolescent, mais il y a eu un déclic. Ensuite, j’ai enchaîné les championnats d’Europe et du monde ... même si, à l’époque, mon père n’était pas d’accord pour que je mette mes études entre parenthèses. C’était un choix difficile, mais structurel.
Diriez-vous que vous avez un style de jeu particulier ?
Oui, je me reconnais dans un style créatif, tactique, basé sur l’intuition plus que sur la préparation théorique à outrance. Je n’ai jamais été fasciné par les batailles d’ouverture sans fin. J’aime l’improvisation contrôlée, l’exploration.
Avez-vous une partie ou un coup favori ?
Ma victoire contre Sergueï Kariakine, ancien numéro deux mondial, reste un grand moment. Pas juste pour la victoire, mais pour ce qu’elle représentait à ce moment de ma carrière. Une sorte de validation silencieuse.
Comment vous préparez-vous avant une partie importante ?
Aujourd’hui, on travaille beaucoup avec les bases de données. On peut anticiper les choix de l’adversaire. Mais au-delà de ça, je fais du sport, je m’aère. Il faut un esprit sain dans un corps sain, surtout dans les tournois longs, d’une semaine avec cinq heures de jeu par jour. C’est une épreuve mentale autant que physique. Avant une partie, je marche, j’essaie de libérer mon esprit, de sortir de l’analyse. C’est un moment d’évasion nécessaire. Il faut être là, mais détaché.
À quoi ressemble votre quotidien aujourd’hui ?
Je m’entraîne, je joue contre d’autres joueurs, en ligne ou en présentiel. L’entraînement est essentiel. En Égypte, la culture des cafés d’échecs est très forte. Aujourd’hui, l’ordinateur est un partenaire obligé, mais rien ne remplace les échanges humains. Depuis que je forme, que j’encadre, ma relation au jeu a changé. Il y a moins de pression. C’est du bonus.
Pourquoi les échecs passionnent-ils autant en ce moment ?
Il y a eu le Covid, la série « Le Jeu de la dame », le besoin de se recentrer. Mais au fond, c’est un jeu intergénérationnel, universel. Il fascine parce qu’il est juste : on joue avec les mêmes règles, peu importe qui on est. Et il y a toujours moyen de progresser.
Quels sont vos objectifs aujourd’hui ?
Que les échecs soient enseignés à l’école, non pas comme un outil pour les maths, mais comme une culture à part entière. Il y a du vocabulaire, de la logique, de la stratégie, et surtout, c’est un espace de partage, un jeu qui réunit plus qu’il ne divise. Je veux continuer à transmettre, surtout dans les écoles, car ce jeu aide à grandir, à se structurer. On doit accepter l’erreur et apprendre à perdre pour progresser. Et surtout, il faut aller dans les clubs, car sur Internet on perd le côté social, le vrai cœur du jeu : l’échange d’idées.