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Le bal est ouvert : les ministres valsent, les outre-mer trinquent

Par Ann Bouard
11 September 2025

Septième chef du gouvernement depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, Sébastien Lecornu s’est installé à Matignon cette semaine. S’il fût un temps ministre des outre-mer, de 2020 à 2022, avec un bilan plus que mitigé sur sa gestion des différentes crises dans les territoires ultramarins, rien ne prédit que ces « écosystèmes assez différents » * resteront au cœur de ses priorités. Et la question est de savoir dans quelles mains les destinées ultramarines tomberont.

Un coup ministère de plein exercice, un coup sous tutelle du ministère de l’Intérieur, les outre-mer sont ballottés depuis 2022. Sept ministres se sont repassé les dossiers, telles des patates chaudes, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Qui sera le 8e ? 

Manuel Valls : un CDD renouvelable ?

Si Manuel Valls semble vouloir rester le locataire de la rue Oudinot les consultations vont bon train à Matignon. Après une nomination express du Premier ministre, la constitution du nouveau gouvernement est cependant plus compliquée. En attendant, des lois sont bloquées, les décisions repoussées ; pas d’avancées et le risque d’un retour en arrière sur certains acquis. Les inquiétudes se portent notamment sur les modifications ou la suppression de la Loi pour le Développement Économique dès l’Outre-Mer (LODEOM), qui impacterait sérieusement l’économie locale.
Depuis huit mois, Manuel Valls s’était investi sur les dossiers d’outre-mer et s’était rendu à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, en Guadeloupe et en Martinique. Dans ces priorités d’alors, un projet de loi contre la vie chère et la lutte contre le narcotrafic, une priorité cependant nationale et non spécifique aux Antilles. Deux thématiques abordées lors du dernier Comité Interministériel des Outre-mer, le 10 juillet dernier, mais en mode restreint, écartant ainsi les acteurs de terrain des différents territoires.
Du côté des élus saint-martinois, comme des socioprofessionnels locaux, l’inquiétude est de plus en plus prégnante.

Frantz Gumbs : fidèle à Bayrou

364 députés, issus des rangs des oppositions allant de RN à LFI, ont voté contre la confiance au gouvernement tandis que 194 issus des rangs de la coalition gouvernementale, ont voté pour, parmi lesquels le député de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Un attachement que Frantz Gumbs a justifié dans un communiqué par la nécessité d’une stabilité institutionnelle et gouvernementale. La chute du gouvernement accroît la confusion, laissant planer « l’ombre d’un avenir encore plus incertain  alors que les outre-mer ont besoin d’apaisement et non pas de chaos ». 

Annick Pétrus : inquiète pour l’avenir

Dès le 8 septembre, la sénatrice a fait part de ses inquiétudes quant aux conséquences de la chute du gouvernement. En premier lieu, le projet de loi de lutte contre la vie chère qui devait être examiné fin septembre. Mais « les Saint-Martinois, comme tous les Ultramarins ne peuvent plus attendre, ils ont besoin de réponses fortes, adaptées à leurs besoins, et qui changent vraiment leur quotidien » a-t-elle indiqué à l’annonce de la nomination du nouveau premier ministre.

Louis Mussington : en quête de stabilité

Le Président de la Collectivité estime que les changements successifs au sein des gouvernements fragilisent la continuité des projets et retardent parfois la concrétisation des priorités locales. Sur ses réseaux, il a indiqué que la Collectivité ne pouvait pas se permettre d’interruptions dans des chantiers aussi essentiels que la reconstruction, le développement économique, l’amélioration du cadre de vie et la réponse aux besoins de la population.
Il a néanmoins félicité Sébastien Lecornu pour sa nomination tout comme Philippe Gustin, nommé directeur de cabinet du Premier ministre, dont il salue « leur connaissance approfondie des réalités du territoire ».

Le retour de Philippe Gustin sur la scène politique ne fait cependant pas l’unanimité. En septembre 2017, il était nommé délégué interministériel à la reconstruction de Saint-Martin et Saint-Barthélemy suite au passage d’Irma. En mai 2018, il était nommé Préfet de Guadeloupe, tout  en conservant ses précédentes fonctions. Sa gestion de la reconstruction post-Irma sur les îles du Nord, de la crise de l’eau en Guadeloupe ou des premières urgences sanitaires lors de la pandémie de Covid ont souvent fait polémiques, pour au final un bilan peu glorieux. En 2020, il était nommé directeur de cabinet du ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu. Le duo est reformé, affaire à suivre !  

Ann Bouard