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Entretien avec Frantz Gumbs

Par Ann Bouard
27 October 2025

La semaine dernière, les socio-professionnels du territoire rencontraient les parlementaires pour leur faire part de leurs inquiétudes quant aux intentions du gouvernement sur projet de loi de finances (PLF), qui concerne le financement de l’État, et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Quelle marge de manœuvre ont les outre-mer pour ne pas être sacrifiés ? Nous avons rencontré le député de Saint-Barthélemy et Saint-Martin.

Quelle est la position des organisations professionnelles sur ces projets ?

Je pense que l’ensemble des organisations professionnelles des outre-mer – les MEDEF, les CCI, les conseils économiques et sociaux – ont exprimé une position commune. Il y a eu une grande concertation entre elles pour rappeler que les dispositifs d’aide à l’investissement ne sont pas des cadeaux, mais des outils indispensables au développement économique des territoires. Concernant le PLF, et notamment l’article 7, mais aussi les exonérations de charges sociales prévues par la LODEOM, il existe un large consensus local et ultramarin : il ne faut pas toucher à ces dispositifs, car cela fragiliserait les économies des outre-mer, et en particulier celle de Saint-Martin, seul territoire qui bénéficie d’un dispositif spécifique.

Pourquoi estimez-vous la proposition du gouvernement dangereuse ?

La proposition est tellement brutale qu’elle déstabiliserait tout l’écosystème économique. Cela affecterait la capacité à maintenir l’emploi existant et la visibilité à moyen terme. Sans visibilité, il n’y a pas d’investissement. Il faut aussi tenir compte de l’exiguïté des marchés, qui augmente structurellement les coûts de production. Et, dans le cas de Saint-Martin, la situation est encore plus complexe : aucun autre territoire ultramarin n’est exposé à une concurrence directe (la partie hollandaise) où la circulation des biens et des personnes est totalement libre et où les coûts de production beaucoup plus bas. Si vous touchez au dispositif actuel, vous accentuez la fragilité des entreprises locales.

De quels leviers disposez-vous pour infléchir sur les décisions ?

Sur 577 députés à l’Assemblée nationale, nous sommes seulement 27 députés ultramarins. Notre rôle est donc de convaincre les membres de notre propre groupe politique. Nous avons déjà obtenu un premier résultat en commission des finances sur l’article 7, en réussissant à rallier suffisamment de députés de différents groupes pour soutenir la suppression de cet article. Chaque mardi matin, lors des réunions de groupe, nous pouvons nous exprimer et défendre nos positions. C’est à ce moment que se joue une partie du travail d’influence.

La motion de censure a été évitée de peu, est-ce une bonne chose ?

L’une des motivations pour laquelle je n’avais pas voté la censure, est que le premier ministre demandait aux parlementaires de trouver des compromis. Le groupe central essaye effectivement, le parti socialiste était dans cet esprit mais ils ont gagné une première étape avec la suspension de la retraite et du 49.3, ils en voulaient encore plus avec la taxe Zucman.
On ressent une fatigue démocratique : cette instabilité politique qui dure depuis un an lasse les Français, et ce n’est pas dans l’intérêt des outre-mer ni de Saint-Martin. Par ailleurs, les exécutifs de Saint-Martin et de Saint Barth étaient alignés pour que ce gouvernement existe et qu’il se mette au travail. Quand il n’y a pas de gouvernement stable, les dossiers stagnent, faute de ministres pour les traiter.
Si le gouvernement avait été renversé avant même de présenter le budget, nous n’aurions aujourd’hui même pas de base de discussion. Le budget doit être promulgué au plus tard le 31 décembre. On n’est déjà pas certain de l’avoir dans les temps, mais sans gouvernement, on était tout à fait sûr qu’il n’y aurait pas de budget. Je pense que les parlementaires doivent se parler pour trouver des compromis.

Christian Baptiste, député Guadeloupéen propose justement un compromis. Qu’en pensez-vous ? 

Si les outre-mer sont assez d’accord pour dire qu’il ne faut pas toucher au système maintenant, car il n’y a rien à mettre à la place et que cela va déstabiliser toutes les économies, le député de la Guadeloupe, également rapporteur du projet de loi sur les outre-mer, propose de sacrifier les avantages dont ils disposent pour s’aligner sur la Guadeloupe et la Martinique. Le problème c’est que ces deux îles ne sont pas exposées aux mêmes difficultés. Je suis d’autant plus gêné que ce député, a pour assistant parlementaire un Saint-Martinois, élu au Conseil territorial. J’espère qu’il mesure les difficultés de notre économie et qu’il s’efforcera de contrer toute velléité de réduire nos dispositifs spécifiques.
On ne peut pas sacrifier les îles du Nord pour donner l’image d’un effort collectif des outre-mer. Nous refusons d’être les dindons de la farce.      

Ann Bouard