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Conseil territorial : explications sur Air Antilles

Par Ann Bouard
09 October 2025

Air Antilles n’en finit pas d’alimenter les discussions. Majorité et opposition reviennent, par voie de communiqué, sur l’octroi du prêt de 3M accordé lundi lors du conseil territorial, il est vrai voté à une voix d’écart seulement entre les pour et les contre… ce qui interroge aussi.

Dans un communiqué intitulé les élus de la majorité apportent leur soutien à Air Antilles, la Collectivité indique que « le soutien apporté à Air Antilles ne constitue pas une fin en soi, mais une mesure de transition. Cet apport, combiné à la prolongation de quatre mois de la licence d’exploitation, doit permettre de donner du souffle à la compagnie, de favoriser les négociations avec d’éventuels repreneurs, et, dans le pire des cas éventuellement la vente à des professionnels de l’aérien d’un outil sauvé par la Collectivité ».

La voix qui décide

Dans les faits, de premières fissures transparaissent cependant dans les rangs de la majorité, car si le communiqué indique que les élus apportent leur soutien, lors du vote, cinq se sont abstenus et un a voté contre ; soit six élus qui ne cautionnent pas cette décision sur les 16 constituant la majorité.
En cas d’égalité sur le nombre de voix - 7 voix pour et 7 voix contre l’octroi du prêt - celle du président en l’occurrence celle de  Bernadette Davis (suppléant le Président qui ne pouvait pas participer au vote en tant que Président du conseil d’administration d’Air Antilles) est prépondérante. On note cependant que dans les 7 voix pour, il y a celle d’une conseillère territoriale de l’opposition ; la même qui, vendredi dernier, avait quitté la salle juste un peu avant l’appel. 
Le conseil territorial avait donc été ajourné faute de quorum ; les élus de la majorité étaient bien présents à la Collectivité mais pas dans la salle des délibérations à l’exception du Président et de quatre élus. Les sept élus de l’opposition étaient au complet dès 9h du matin, mais plus à 10h23. Le quorum aurait été atteint si la conseillère avait été présente. 

Lundi, lors du vote, elle a indiqué « avoir des explications techniques, financières à demander, mais au fil des échanges a précisé que si cette délibération n’était pas votée ce serait un échec complet et 17 M€ à la poubelle ; un échec qu’elle ne souhaite pas cautionner.
Si elle assure qu’il n’y a eu aucune négociation, discussion ou « deal » entre elle et les différents élus, toutes tendances confondues, on peut penser malgré tout que cela a été savamment orchestré pour avoir un temps de plus pour sauver « le soldat Air Antilles » en ayant la quasi-assurance de faire passer le prêt, puisque nul besoin de quorum quand le conseil est reporté.

Un sauvetage in extremis

Lors de la présentation, pour la première fois détaillée de la situation d’Air Antilles, par son directeur général, on comprend que si le prêt n’est pas accordé, la compagnie était mise en liquidation dès ce mois-ci. Il était donc plus qu’urgent de convaincre.
La dépense de 3 millions d’euros sera imputée sur le budget 2025 au chapitre « autres immobilisations financières ». Dans le budget initial la provision était de 2,5 M €… il manque donc 500 000 €, dont on ne sait pas s’ils seront imputés ailleurs et au détriment de quoi.

Dans les perspectives, Air Antilles envisage l’entrée au capital d’un nouvel investisseur en janvier 2026, pour un montant de 10 M€… sachant qu’il faut à la compagnie plus de 1,5 M€ par mois pour fonctionner, l’échéance semble lointaine. Par ailleurs son avenir dépend également des accords avec les compagnies transatlantiques, car elle ne peut vivre seule avec un trafic uniquement régional.
«  Il faut de l’air et du temps » a conclu le directeur d’Air Antilles.
La compagnie Air Antilles a le mérite d’exister et a fait baisser les tarifs de l’aérien au départ de Grand Case depuis sa reprise. On ne peut renier ce fait, mais le projet était peut-être un peu trop ambitieux pour une petite Collectivité, et la population est en droit d’être informée sur la réalité des choses, en toute transparence, comme le dirait le Président. Autre bémol sur les 117 salariés, la majorité est à Fort-de-France ou Pointe-à-Pitre et ceux à Saint-Martin se comptent sur les doigts d’une main.
Il était utile d’avoir toutes ces explications, notamment de la part de la compagnie, mais peut-être aurait-il fallu les avoir plus tôt.    

Réactions de la Team Gibbs : un choix lourd de conséquences

Faisant référence à la volonté exprimée par la majorité dans un communiqué de mener ce processus avec rigueur et transparence dans l’intérêt de Saint-Martin et de son avenir, la Team Gibbs, par voie de communiqué également s’interroge « sur la réalité de cette transparence et de cette rigueur ainsi que sur l’intérêt de cette opération pour Saint-Martin ».

Les quatre élus indiquent en effet avoir depuis deux ans régulièrement demandé, lors des conseils et par courriers, des informations sur la situation financière de la SEM Air Antilles, sans jamais obtenir de réponse avant cette séance du 6 octobre où pour la première fois le directeur financier a transmis un état de la trésorerie et des dettes.
Ils reviennent également sur le processus même indiquant que les élus de l’opposition, voire certains de la majorité, ne disposaient pas des éléments nécessaires pour débattre, le projet de délibération n’ayant pas été joint à la convocation au Conseil Territorial. Il n’a pas non plus été examiné en Commission des Finances le lundi précédent, ni soumis à l’avis du CESC (une obligation). Leur inquiétude se portent également sur la capacité de remboursement de la dette à court terme, dans la mesure où les prévisions de recettes ne sont pas suffisantes.
En conclusion, la Team Gibbs déplore que « la situation financière dégradée de la Collectivité a déjà nécessité le recours à un emprunt de 30 M€ ». « Dans ce contexte, il est crucial de s’interroger sur la gestion rigoureuse des fonds publics. L’île souffre d’un manque d’investissements structurels dans des secteurs essentiels tels que l’eau, l’électricité, le réseau routier, ainsi que les infrastructures sportives et culturelles ». Et pose la question : « dans une situation économique et financière d’ores et déjà fragile, est-il du rôle de ses élus d’engager des fonds publics dans des opérations risquées sans avoir consulté préalablement la population sur ses priorités ?».

Ann Bouard