Primavera : un programme contre les addictions dès l’école
La fédération Promotion Santé Guadeloupe expérimente depuis mars un dispositif de prévention innovant dans les classes de primaire. Objectif : développer les compétences psychosociales des enfants pour mieux les armer face aux addictions.
Ecrans, tabac : les addictions touchent désormais les plus jeunes. Face à ce constat, Promotion Santé Guadeloupe a lancé en mars l’expérimentation du programme Primavera dans les établissements scolaires de l’île. Coordonné par Karene Raymond et Aude Canale-Fatou, ce dispositif déjà probant au niveau national a été adapté aux spécificités du territoire, notamment par le bilinguisme de l’île. Actuellement déployé dans les classes de CM1-CM2 de l’école Omer Arrondell à Quartier d’Orléans, le programme s’inscrit dans le projet «Poté Mannèv» financé par l’Agence de Santé Guadeloupe et îles du Nord ainsi que le Fonds de lutte contre les addictions jusqu’en décembre 2026.
Prévenir par les émotions plutôt que par l’interdit
À cet âge, pas question de parler directement de substances. Le programme Primavera mise sur le développement des compétences psychosociales (CPS), une approche prouvée efficace pour prévenir les futures conduites à risque et addictives. «Le but, c’est qu’ils soient en capacité de comprendre l’impact sur leur vie», résume Aude Canale-Fatou, également addictologue intervenant dans les classes à travers quatre séances centrées sur la gestion des émotions à travers des activités ludiques. Cette approche bienveillante, menée en coanimation avec les enseignants formés, crée une dynamique nouvelle dans la classe. Le double regard porté sur les élèves permet de révéler des capacités.
Renouer avec l’humain
Au-delà de la prévention des addictions, les bénéfices du programme Primavera sont multiples : cohésion de classe renforcée, participation à la lutte contre le harcèlement, et création d’une relation de confiance durable entre élèves et adultes. «Les enseignants qui vivent ces programmes n’ont pas la même relation avec leurs élèves», témoigne Karene Raymond. Un lien d’autant plus essentiel face aux nouvelles formes d’addiction qui touchent les jeunes. Si les écrans constituent la principale dépendance à cet âge, d’autres phénomènes inquiétants émergent, comme l’intelligence artificielle ou les chats en ligne. Face à ces dérives, Aude Canale-Fatou insiste : «C’est très important de parler à une personne qui existe, de privilégier la communication réelle, encore mieux face à face. Établir des relations concrètes permet aux jeunes de ne pas se substituer à autre chose.» Un dispositif que l’équipe de coordination espère étendre à davantage d’établissements dès la rentrée prochaine.