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LODEOM : inquiétudes et mobilisation à Saint-Martin

Par Diane Pezeron-Dubois
15 September 2025

Samedi matin, le MEDEF-FIPCOM a consacré son petit-déjeuner des entrepreneurs à un thème crucial pour le territoire : l’avenir de la LODEOM, dispositif fiscal et social, pilier de l’économie ultramarine, aujourd’hui menacée par des coupes budgétaires envisagées par le gouvernement. 

Dès l’ouverture de la rencontre, Michel Vogel, président du MEDEF Saint-Martin, a rappelé l’importance du sujet pour l’avenir du territoire. À ses côtés, plusieurs personnalités étaient présentes : Hervé Mariton, président de la FEDOM et ancien ministre de l’Outre-mer, le préfet Cyrille Le Vely, le sous-préfet Fabrice Thibiez, et Alain Richardson, premier vice-président de la Collectivité. La rencontre a débuté par une présentation de la LODEOM assurée par Sandrine Jabouley, conseillère technique à la CCISM, avant de laisser place aux interventions et aux débats.

Pour rappel, la LODEOM (Loi pour le développement économique des Outre-mer), adoptée en 2009, compense les difficultés structurelles des territoires insulaires : éloignement, surcoûts d’approvisionnement ou encore étroitesse du marché. Elle repose sur deux leviers principaux : les exonérations de charges sociales, qui réduisent le coût du travail, et la défiscalisation des investissements, qui permet de financer hôtels, logements sociaux ou encore équipements productifs.

Un possible rabot qui inquiète

Actuellement, le gouvernement envisagerait de réduire fortement ces dispositifs. Une perspective jugée alarmante par les acteurs économiques. D’après la FEDOM, les mesures à l’étude représenteraient 350 millions d’augmentation de charges sociales et 400 millions de rabot sur les aides fiscales à l’investissement. 
Une réduction de la défiscalisation qui inquiète de nombreux secteurs comme le BTP et l’hôtellerie. « Un électricien qui veut acheter un camion peut le faire rapidement grâce à la défiscalisation, ce que ne permettent pas les banques locales », a expliqué une cheffe d’entreprise, avant d’ajouter : « Je comprends que certains veulent que l’impôt soit mieux récolté mais d’un autre côté qu’est-ce qu’on nous propose en échange?  En tant que chefs d’entreprises la défiscalisation c’est un moyen de nous financer et d’investir dans nos entreprises. Quelles sont les autres solutions »? 

Un besoin de stabilité

Lors des échanges avec les chefs d’entreprise, ces derniers ont tous exprimé un besoin de visibilité. Selon eux, l’incertitude actuelle freine toute projection. Comment recruter, investir ou même maintenir une activité si les règles changent chaque année? Nombreux d’entre eux ont également plaidé pour une mise en place de comités techniques avec pour but de définir des feuilles de route et offrir un cadre stable aux entreprises. 
Hervé Mariton a lui aussi souligné la nécessité d’une stratégie stable et durable pour les entreprises ultramarines. Selon lui, affaiblir la LODEOM reviendrait à « discréditer un outil qui fonctionne » et à mettre en péril l’emploi comme la compétitivité.
Alain Richardson a pour sa part appelé à la lucidité : si chacun reconnaît l’effort à fournir pour améliorer les finances publiques, les « coups de rabot » envisagés risqueraient d’entraîner chômage, perte d’attractivité et pressions supplémentaires sur le budget de la Collectivité. Il a insisté sur la mobilisation collective pour faire entendre, au niveau national, la réalité et les besoins spécifiques de Saint-Martin

Une mobilisation collective

Les discussions ont également mis en avant la nécessité d’une action commune des Outre-mer. Les forces économiques de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy ont récemment contribué à une note commune, signée par 44 organisations ultramarines dans le cadre du Comité interministériel des Outre-mer (CIOM).
La Collectivité s’est également engagée à porter ces propositions à Paris : « Nous allons défendre la compétitivité des entreprises mais aussi l’emploi et l’attractivité de nos territoires », a affirmé Alain Richardson.
Au-delà des inquiétudes soulevées, cette rencontre  de samedi a démontré une fois de plus une mobilisation forte de la part des chefs d’entreprises du territoire mais aussi un esprit de propositions pour défendre le tissu économique local.
Le projet de loi de finances 2026 est quant à lui attendu cet automne et dira si le gouvernement maintient son projet de rabot.  Affaire à suivre.     

Diane Pezeron-Dubois