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Enough is Enough!

Par Ann Bouard
6 Août 2026

La FIPCOM-MEDEF Saint-Martin avait déjà alerté les pouvoirs publics à plusieurs reprises. Cette fois la prise de parole est publique. À l’initiative de son président, Michel Vogel, une conférence de presse s’est tenue ce 31 juillet à la CCISM afin de porter la voix des entreprises confrontées aux retards de paiement de la Collectivité.

En tant que syndicat patronal, la FIPCOM-MEDEF Saint-Martin a pour mission de faire remonter les doléances de ses adhérents. C’est ce qu’a fait Michel Vogel, entouré d’Émeric Baray, de Sottra BTP, d’Ève Riboud, de Dauphin Telecom, de Clara Brander, présidente de l’Association des architectes de Saint-Martin, de Franck Fleming, président de l’Association du BTP, de Gérald Gumbs, président de l’Association des transporteurs, de Franck Viotty, de TMTT et de Yann Lecam, président de l’association des commerçants de Marigot.
Le courrier des acteurs économiques adressé au président Mussington en juillet est resté lettre morte (voir notre édition du 24 juillet). Aujourd’hui, les entreprises ne parviennent plus à faire face à leurs charges et le message est clair : « Payez les entreprises pour les travaux qu’elles ont réalisés pour le compte de la Collectivité. »

Des délais hors normes

Pour le BTP, les encours atteignaient environ 20 M€ au 31 juillet, hors intérêts moratoires. Franck Fleming fait état de délais de plus en plus longs :  la Semsamar est censée régler ses factures sous 45 jours, le centre hospitalier sous 90 jours et la Collectivité sous 95 jours, mais dans la réalité ces délais sont au minimum de 270 jours, voire un an. Les avances prévues au démarrage des chantiers ne sont pas non plus versées dans les temps. Les entreprises doivent pourtant continuer à payer les matériaux, les fournisseurs et les salaires. 
La Collectivité leur demande de recourir à l’affacturage, mais cette solution a un coût et les banques refusent de financer les créances. Selon les professionnels, une facture de 50 000 € coûte au bout de dix-huit mois 150 000 € à la Collectivité, avec les intérêts moratoires. Une gestion budgétaire qui interroge. Les entrepreneurs se questionnent également sur les procédures appliquées. Comment la Collectivité peut-elle accepter un bon de commande, laisser les entreprises réaliser les travaux, puis leur indiquer que la facture n’est pas conforme au moment du règlement ? 
Ève Riboud estime que les demandes des entreprises sont légitimes et, si les procédures de la Collectivité ont changé, celle-ci doit les expliquer. Les services publics doivent être prêts à écouter et à accompagner les entreprises.

Des chantiers à l’arrêt

Faute de trésorerie, certaines entreprises sont contraintes d’arrêter les travaux. Collège ou maison des associations de Grand Case ne seront pas livrés dans les temps et les nouveaux projets peinent à démarrer faute de réponses aux  appels d’offres. Les bornes de collecte du plastique et du verre sont pleines ; l’entreprise en charge du ramassage a cessé de collecter, faute de règlement.
Du côté des architectes, Clara Brander dénonce l’impossibilité d’obtenir des réponses claires ou d’identifier le bon interlocuteur au sein de la Collectivité. Des concours sont lancés et des études commandées, mais elles ne sont pas réglées faute de financement. Les difficultés concernent également le service de l’urbanisme, où les informations sur les autorisations d’occupation temporaire sont quasiment impossibles à obtenir et les délais d’instruction des permis de construire extrêmement longs. Certaines AOT ne sont par ailleurs pas suivies, privant la Collectivité de recettes. L’Association des architectes de Saint-Martin avait déjà dénoncé ces dysfonctionnements dans une lettre ouverte publiée en octobre 2025, restée elle aussi lettre morte.
Lorsque le secteur de la construction va mal, les conséquences se répercutent sur l’ensemble de l’économie. Pour Yann Lecam, les millions d’euros qui ne sont pas versés aux entreprises ne sont plus injectés dans l’économie du territoire, avec un impact direct sur le pouvoir d’achat. Les salariés ne sont pas certains de conserver leur emploi, les entrepreneurs ne sont plus payés et tous réduisent leurs dépenses, au détriment des commerces et des restaurants.

Une journée d’action commune envisagée en septembre

Si la première intention n’est pas de bloquer le territoire, comme le précise Gérald Gumbs, il n’y a pas d’autre solution quand personne ne répond, que les entreprises attendent d’être payées depuis deux ans et qu’elles avaient déjà alerté sur la situation. La FIPCOM-MEDEF demande à la Collectivité un état précis des factures en attente de paiement, un calendrier ferme de résorption des arriérés, une procédure transparente de priorisation des paiements, la régularisation des intérêts moratoires, le règlement des subventions FEDER et la mise en place d’un interlocuteur dédié au traitement des impayés. Faute de réponse, les entrepreneurs envisagent un arrêt général de l’économie, toutes filières confondues. Cette journée d’action commune pourrait être organisée en septembre.
Une réunion avec les techniciens de la Collectivité avait été programmée le lundi 3 août ; elle a été reportée au 12 août… à suivre.   

Ann Bouard