Hôpital : pour le pire mais aussi pour le meilleur
Le personnel soignant et les agents de plusieurs services de l’hôpital sont sous perfusion. Les dysfonctionnements se multiplient et un malaise semble toucher l’ensemble du Centre hospitalier Louis Constant Fleming, toujours sans réelle direction à ce jour. Malgré tout, certains projets innovants émergent à l’initiative de plusieurs soignants dont le docteur Yves Journo.
De nombreuses critiques sur le management de l’hôpital sont formulées, notamment sur les réseaux sociaux, avec plus ou moins de fondement, et sont exacerbées par l’absence de gouvernance. Le docteur Yves Journo, cardiologue exerçant au sein de l’hôpital, se veut toutefois optimiste et rassurant. « Le Centre hospitalier Louis Constant Fleming demeure un bon hôpital, en qui les habitants peuvent avoir confiance, car les équipes soignantes accomplissent un travail remarquable, même si les conditions sont actuellement difficiles. Le service des urgences est d’ailleurs l’un des rares en France où public et privé collaborent, permettant une présence quasi permanente de la cardiologie et donc une prise en charge rapide des urgences cardiovasculaires ainsi qu’un diagnostic immédiat, adossés à un plateau technique offrant un accès au scanner dans des délais qui restent exceptionnels pour un hôpital français ».
Le docteur Journo s’appuie sur son expérience personnelle : « Je prends en charge de nombreux patients Américains ou Canadiens et j’entends régulièrement certains me dire, il a fallu que je vienne à Saint-Martin pour que l’on découvre enfin ma maladie ». Même constat chez les touristes de l’Hexagone, qui profitent de leur séjour pour réaliser leurs examens médicaux. Pour le docteur Journo, ces témoignages traduisent une réalité simple : malgré les critiques, l’hôpital dispose aujourd’hui d’équipes compétentes, d’un plateau technique performant et d’une véritable dynamique de développement au service de la population saint-martinoise.
L’objectif du cardiologue est désormais de proposer de nouveaux parcours de soins, en hôpital de jour, afin de lutter contre des fléaux particulièrement prégnants sur le territoire : l’AVC, le diabète et l’obésité.
Deux projets uniques en leur genre vont être mis en place à la rentrée avec le soutien des équipes médicales, et tout particulièrement d’Emmanuel Bard, pharmacien hospitalier et du docteur Pascale Famy, spécialisée en diabétologie, maladies métaboliques et troubles du sommeil.
Hypertension et AVC
En France, un adulte sur trois souffre d’hypertension et environ 140 000 personnes sont victimes d’AVC chaque année. L’Accident Vasculaire Cérébral (AVC) est la 3e cause de mortalité et la première cause de handicap. À Saint-Martin, cinq à six personnes sont touchées chaque semaine. Dans la majorité des cas, l’hypertension artérielle en est responsable. Souvent non dépistée ou insuffisamment soignée, cette maladie reste difficile à prendre en charge car de nombreux patients ne suivent pas leur traitement, l’hypertension étant indolore. Dans le cadre de ce dispositif, toute personne repérée sera convoquée à l’hôpital pour une prise en charge globale avec éducation thérapeutique, monitoring tensionnel répété et suivi rapproché afin de vérifier l’efficacité réelle des traitements.
Obésité et diabète
18% de la population adulte est en situation d’obésité et 30,7% en surpoids. À l’échelle mondiale, l’obésité chez les adultes a plus que doublé depuis 1990 et a quadruplé chez les enfants et les adolescents. De nouveaux traitements particulièrement efficaces existent désormais, mais leur coût les rend difficilement accessibles à tous. L’idée est d’améliorer leur accessibilité ce qui constituera une avancée majeure de santé publique pour le territoire.
Le futur parcours de soins reposera sur une prise en charge et un accompagnement global. Une fois par semaine, les patients bénéficieront des injections, d’un suivi portant sur leur qualité de vie, leur sommeil, mais aussi leur état cardiovasculaire et ostéoarticulaire, avec un accompagnement diététique et une activité physique adaptée. Les ateliers de cuisine seront organisés au sein même de l’hôpital et les patients seront accompagnés pour faire leurs courses afin d’apprendre à mieux composer leurs repas au quotidien. C’est une première dans les hôpitaux français qui, au vu des chiffres, pourrait faire école. Le projet sera présenté aux médecins du 1er au 3 juillet et une campagne de communication sera lancée dès septembre afin de sensibiliser la population. Tout est désormais prêt. Il ne reste plus qu’à coordonner les différents intervenants afin de permettre la mise en place de cette nouvelle activité hospitalière. Une aide a par ailleurs été sollicitée auprès de l’Agence régionale de santé (ARS).
Malgré les difficultés structurelles, l’absence de direction stable et des équipes parfois à bout de souffle, ces projets témoignent de la volonté de faire avancer l’hôpital portée avant tout par l’investissement quotidien des soignants et des agents. Car derrière les tensions et les dysfonctionnements dénoncés depuis des mois, de nombreux professionnels continuent de tenir l’établissement à bout de bras, souvent au prix d’un épuisement grandissant dans certains services. Une réalité préoccupante sur laquelle nous reviendrons dans une prochaine édition.