EDF, la Collectivité et l’État font le point sur le problème de la distribution d’électricité
Un échange intéressant à propos de la crise énergétique de Saint-Martin mais pas de solution immédiate pour y faire face, il faudra être patient.
D’entrée de jeu, Alain Richardson annonce la couleur en faisant appel à la sobriété de la population en matière de consommation d’électricité « Nous avons besoin de mettre en place un système d’éducation pour apprendre à économiser l’énergie » autrement dit : ce n’est pas demain la veille que seront réglés les problèmes que nous connaissons aujourd’hui, et il va bien falloir s’y faire.
Le préfet Cyrille Le Vély a souligné que contrairement à l’Hexagone (car on ne dit plus la métropole), Saint-Martin n’est pas un territoire interconnecté, donc en cas de panne il n’est pas possible de basculer sur un réseau voisin, et en attendant qu’il y ait un système qui pallie ce désavantage, selon lui : « Il est nécessaire d’apprendre les bons gestes pour éviter les périodes de délestage ». Vous l’avez compris, le retour à la normale ce n’est pas pour bientôt et cela demande quelques explications.
Un état des lieux peu rassurant
La directrice régionale EDF Guadeloupe Marie-Line Bassette a exposé clairement la situation qui a engendré cette crise : la production d’électricité à Saint-Martin est assurée par trois unités bien distinctes, appelées « tranches », qui sont toutes plus ou moins mal en point. La tranche 1 (la plus importante) date de 1991, elle montre des signes de fatigue depuis 2012 et il faudra attendre 7 ans (!) pour qu’elle soit complètement remplacée. La tranche 2 âgée de 20 ans n’est pas au mieux de sa forme non plus et le délai pour sa remise à niveau est estimé à 3 ans, quant à la tranche 3 (la plus récente et la moins malade) elle sera à nouveau sur pied dans 18 mois environ.
On attendait de bonnes nouvelles et finalement l’espoir fait place au désespoir. Attendez, ce n’est pas fini : quoiqu’il arrive les trois tranches réunies même en possession de leur entière capacité sont à peine suffisantes pour produire assez d’électricité pour tout le territoire. Mais alors, qu’attend-on pour lancer les réparations, renouveler les équipements défectueux, ou construire enfin cette nouvelle centrale envisagée depuis si longtemps ?
Quand est-ce qu’on signe ?
Pour faire simple : tout ceci c’est à cause de la PPE, la Programmation Pluriannuelle de l’Energie qui définit les priorités d'actions de la politique énergétique de la France pour contribuer à l'atteinte de la neutralité carbone en 2050. C’est donc un outil administratif mis en place en 2015 sensé simplifier les choses mais qui a plutôt l’effet contraire pour ce qui nous concerne. En effet pour schématiser disons qu’avant il suffisait de dire « on est en panne » pour qu’on vienne réparer du mieux possible, alors que maintenant il faut attendre que cette fameuse PPE soit validée et signée par la Commission de Régulation de l’Énergie créée en 2000 pour veiller au bon fonctionnement des marchés de l'électricité et du gaz en France, au bénéfice de tous les consommateurs. No comment.
« Alors c’est pour quand ? » demande-t-on avec une lueur d’espoir. La réponse de Alain Richardson est sans équivoque: « On n’en sait rien ! » ne sachant pas lui même si on doit parler d’un délai compté en semaines, ou en mois. Autrement dit, les durées annoncées précédemment pour les remises à niveau nécessaires au bon fonctionnement des tranches de la centrale électrique ne pourront commencer qu’une fois les documents signés. Rien ne sert de pleurer, il faut attendre un point c’est tout.
Patience et longueur de temps
En attendant le précieux sésame, une centrale électrique temporaire va être installée (dans 14 mois) pour limiter les dégâts. Mais la question que tout le monde se pose est de savoir pourquoi les énergies renouvelables (photovoltaïques, éoliennes, ou autres) sont très peu présentes sur Saint-Martin, alors qu’elles le sont en Guadeloupe notamment. C’est à cause de problèmes techniques nous dit-on, comme la qualité de l’eau qui ne serait pas compatible avec les chauffe-eau solaires par exemple (?)
Il existe bien quelques solutions pansements comme l’opération « Agir Plus EDF » qui consiste à remplacer les vieux équipements électriques par du matériel moins gourmand en énergie à moindre coût, mais ce n’est pas ça qui fera réellement la différence, et les principaux participants à cette réunion d’information concluent en martelant à nouveau leur appel à la population : « Consommez moins d’énergie si vous ne voulez pas en manquer », ce n’était pas formulé exactement comme ça, mais c’est ce que ça voulait dire. A bon entendeur…