La majorité change de camp
Les fissures au sein de la majorité territoriale ne datent pas d’hier, mais les élections sénatoriales en auront été le révélateur. Ces derniers mois, plusieurs élus ont pris leurs distances avec le président Louis Mussington et le RSMA, au point de modifier profondément le rapport de force au sein du Conseil territorial.
Bernadette Venthou-Dumaine, lors du dernier Conseil territorial, puis Martine Beldor, Valérie Fonrose et Raphaël Sanchez-Orosco ont décidé de quitter les rangs du RSMA. Ils ont expliqué être désormais en désaccord avec certaines décisions prises au cours de la mandature, évoquant notamment un manque de concertation et de transparence et une « confiance érodée ».
La campagne des sénatoriales avait déjà rendu ces divisions particulièrement visibles. La majorité territoriale avait officiellement choisi de soutenir Valérie Damaseau, tandis que plusieurs élus issus de la majorité se présentaient eux-mêmes ou avaient pris leurs distances avec le bloc présidentiel. Le scrutin de dimanche a confirmé l’existence de ces fractures.
Douze élus contre onze
Lundi matin, au lendemain de l’élection, Annick Pétrus a à son tour adressé sa lettre de démission du RSMA, prenant acte du choix des grands électeurs de ne pas lui renouveler leur confiance. Dans un communiqué, la sénatrice sortante a indiqué qu’elle veillerait dans les prochaines semaines à assurer à son successeur la transmission des dossiers et des travaux qu’elle a portés au Sénat. Cette nouvelle rupture fragilise encore davantage le bloc qui avait porté Louis Mussington à la présidence de la Collectivité en 2022. À quelques mois de la fin de la mandature, le président va désormais devoir composer avec une configuration politique très différente de celle du début de mandat.
Aux quatre élus issus de la Team Gibbs – Daniel Gibbs, Alain Gros-Desormeaux, Philippe Philidor, Marie-Dominique Ramphort – s’ajoutent Jules Charville, Angeline Laurence, Mélissa Nicolas-Rembotte, Raphaël Sanchez-Orosco, Martine Beldor, Bernadette Venthou-Dumaine, Valérie Fonrose et désormais Annick Pétrus. Ces douze conseillers territoriaux se situent désormais hors du bloc soutenant le président de la Collectivité, contre onze élus qui lui restent politiquement attachés. Sur les 23 membres que compte le Conseil territorial, le rapport de force s’est donc inversé.
Jusqu’à présent, la majorité disposait des voix nécessaires pour faire adopter ses délibérations sans avoir besoin du soutien de l’opposition. Elle devra désormais composer et rechercher des accords au cas par cas pour les textes nécessitant une majorité des suffrages exprimés.
La fin de mandat s’annonce donc délicate pour Louis Mussington. À l’heure du bilan de sa mandature, le président devra faire des concessions et à moins de six mois des prochaines élections territoriales, les sénatoriales auront ainsi dépassé le simple enjeu de la représentation de Saint-Martin au Palais du Luxembourg : elles auront également mis en lumière la recomposition politique déjà à l’œuvre sur le territoire.