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La Justice face au narcotrafic

Par Lise Gaeta
25 Mai 2026
Christine Saunier-Ruellan, magistrate honoraire et ancienne juge d’instruction de l’affaire « Air Cocaïne » et Bruno Bittmann, président du tribunal de proximité de Saint-Martin.

À‭ ‬l’occasion de la Journée nationale de l’accès au droit‭, ‬une conférence consacrée au narcotrafic s’est‭  ‬tenue le 22‭ ‬mai au tribunal de proximité de Saint-Martin‭. ‬Un événement qui a eu lieu en présence de la magistrate honoraire‭ ‬et ancienne juge d’instruction de l’affaire‭ ‬‮«‬‭ ‬Air Cocaïne‭ ‬‮»‬‭, ‬Christine Saunier-Ruellan‭.‬

La consommation de drogue explose en France, notamment celle de cocaïne. Production mondiale en hausse, organisations criminelles de plus en plus structurées, le territoire national devient à la fois une terre de consommation et de transit. Véritable « tsunami blanc », cette vague de trafic illégal se retrouve alimentée par des cartels qui cherchent à inonder le marché européen.

« Un véritable fléau »

À Saint-Martin, la situation présente des caractéristiques particulières. La proximité avec d’autres îles rend indispensable la coopération policière et judiciaire internationale. Les trafiquants utilisent des embarcations rapides, des passeurs, des valises, des vêtements imprégnés de cocaïne ou encore des « mules ». Un véritable jeu du chat et de la souris car comme l’explique Eric Poulcallec, représentant de l’Office anti-stupéfiants, les trafiquants « ont des réseaux partout, ils ont des complicités partout ». 

Au-delà du trafic lui-même, les magistrats ont insisté sur les conséquences humaines et sociales de ce phénomène. Le narcotrafic nourrit la violence, les règlements de comptes, la corruption et le blanchiment d’argent. Il attire aussi des mineurs, parfois très jeunes, dans des réseaux qui exploitent leur vulnérabilité. « Le trafic de stupéfiants est un véritable fléau (...) qui détruit tout ! La santé, la personne, la famille, la scolarité », s’est insurgée la magistrate honoraire Christine Saunier-Ruellan. Une prise de parole qui sonne comme une mise en garde, tandis que plusieurs élèves du collège Mont des Accords étaient présents lors de cette conférence. La magistrate a également évoqué son travail en tant que juge dans l’affaire dite « Air Cocaïne ». En 2013, 700 kg de cocaïne avaient été saisis à l’aéroport international de Punta Cana, en République dominicaine, dans un avion d’affaires effectuant des trajets entre l’Hexagone et le continent américain, avec des transits par Saint-Martin.

 « La fête est finie »

La vice-procureure a, quant à elle, livré un message clair : « À Saint-Martin la fête est finie pour les stupéfiants ». La réponse judiciaire se veut ferme, les peines encourues peuvent atteindre dix ans d’emprisonnement et jusqu’à vingt ans en cas de récidive. La loi du 13 juin 2025, évoquée lors de la conférence, renforce par ailleurs les outils de lutte contre la criminalité organisée. Mais les intervenants ont aussi rappelé que la Justice ne peut agir seule. À Saint-Martin comme ailleurs, l’enjeu dépasse la répression.

Il s’agit aujourd’hui de protéger la jeunesse et la santé publique face à une économie criminelle qui détruit autant qu’elle enrichit. 

Lise Gaeta