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Criminalité en hausse : la justice alerte sur la situation en Guadeloupe et à Saint-Martin

Par Diane Pezeron-Dubois
20 Juin 2025

Explosion des homicides, vols à main armée quotidiens, implication croissante des mineurs : les chiffres révélés ce 17 juin par la Cour d’appel de Basse-Terre confirment une dégradation inquiétante de la situation sécuritaire dans les Antilles françaises. Saint-Martin affiche pour sa part des taux de violence record, bien au-dessus des moyennes nationales.

Ce mardi, le premier président de la cour d’appel, Michaël Janas, et le procureur général, Éric Maurel, ont présenté devant la presse leur analyse de la situation criminologique que connaissent actuellement la Guadeloupe et les Îles du Nord.
Avec 28 homicides enregistrés au 15 juin 2025, la Guadeloupe frôle déjà le bilan annuel de 2024, estimé à 33 morts. À cela s’ajoutent 111 tentatives de meurtres, dans un contexte marqué par la circulation banalisée d’armes à feu, utilisées dans 57 % des cas, y compris par des mineurs. La Guadeloupe se classe aujourd’hui au 2ᵉ rang national pour les crimes de sang, au 3ᵉ pour les vols à main armée et les violences sexuelles, tandis que la délinquance des mineurs ne cesse d’augmenter. Face à cette criminalité en hausse, les moyens judiciaires peinent à suivre. À Basse-Terre, l’unique juge d’instruction gère plus de 125 dossiers, dont près de la moitié proviennent de Saint-Martin !

Saint-Martin : une situation de plus en plus préoccupante

Lors de la conférence de presse, Michaël Janas et Éric Maurel ont souligné l’urgence d’agir dans les Îles du Nord, notamment à Saint-Martin. Si la Guadeloupe occupe une place préoccupante à l’échelle nationale, Saint-Martin affiche un taux de criminalité 21 fois supérieur à la moyenne, et un taux de vols à main armée 48 fois supérieur.
Les dynamiques observées dans toute la région, recrudescence des violences, prolifération d’armes lourdes, implication croissante des mineurs sont encore plus marquées à Saint-Martin en raison de sa plus faible démographie.
« À Saint-Martin, on constate les mêmes évolutions qu’en Guadeloupe : une hausse d’armes, une hausse de mineurs impliqués. Rapporté à la population, l’impact est encore plus significatif », a souligné Michaël Janas.
Contrairement aux juridictions de Basse-Terre ou de Pointe-à-Pitre, le tribunal de Saint-Martin n’est qu’un tribunal de proximité, avec des compétences limitées et un ressort élargi à Saint-Barthélemy. Cette situation est jugée inadaptée au regard des enjeux sécuritaires locaux. Les magistrats souhaitent une évolution du statut et militent pour un tribunal de plein exercice.

Tribunal de plein exercice : une première étape ?

Mais alors, où en est le projet ? Interrogé par notre rédaction, le procureur général Éric Maurel a confirmé que la transformation du tribunal de Saint-Martin est à l’étude au ministère : « Le projet de tribunal judiciaire a été soumis à l’examen des services centraux du ministère de la Justice et du cabinet du ministre ». En attendant, des premiers renforts sont déjà annoncés : « D’ores et déjà, un juge supplémentaire, vice-présidente chargée de l’application des peines, arrivera au tribunal de Saint-Martin en septembre 2025 », a-t-il confié.
Pour rappel, cette réforme structurelle s’inscrit dans un projet plus large : la création d’une Cité administrative et judiciaire prévue pour l’année 2026 et destinée à renforcer durablement la capacité d’action de l’État dans les Îles du Nord. Une évolution jugée essentielle pour faire face à une criminalité de plus en plus organisée et violente. 

Diane Pezeron-Dubois