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Trois générations sous un même toit

Par Sunita Mittal
10 Février 2026

À‭ ‬Saint-Martin‭, ‬5%‭ ‬des ménages abritent plusieurs générations‭, ‬selon les données publiées dans‭ ‬‮«‬Regards‮»‬‭ ‬de janvier 2026‭ ‬par l’Institut Territorial de la Statistique et des Études Économiques‭ (‬ITSEE‭). ‬Un record aux Antilles qui mêle tradition caribéenne et réponse aux difficultés économiques‭. ‬Entre transmission culturelle et adaptation aux réalités du quotidien‭, ‬cette cohabitation‭ ‬redéfinit le modèle familial insulaire‭.‬

« Dans la maison, il y a trois générations : mes parents, moi, puis mes trois filles», raconte Rachelle. Après sa séparation, cette mère de famille a rejoint le foyer parental par «solidarité familiale et aussi un peu par nécessité économique». En 2022, près de 3 000 Saint-Martinois partageaient ainsi le même toit, un chiffre qui place le territoire bien au-dessus de la Martinique (3,2%) et de la Guadeloupe (2,9%), et cinq fois plus que l’Hexagone où ce modèle ne concerne que 1% des foyers.

Un héritage culturel précieux

Au-delà des contraintes matérielles, cette cohabitation s’inscrit dans une tradition caribéenne où la famille élargie structure l’organisation sociale. «Le plus grand avantage c’est que mes filles peuvent passer le maximum de temps avec leurs grands-parents», explique Rachelle. Cette proximité favorise la transmission des savoirs et des valeurs. Les grands-parents jouent ainsi un rôle dans l’éducation de leurs petits-enfants tout en bénéficiant d’un accompagnement dans leurs vieux jours. La solidarité joue dans les deux sens dans un territoire où les structures d’accueil restent limitées.

Entre entraide‭ ‬et nécessité

Si la dimension culturelle reste forte, les réalités économiques jouent un rôle dans ces choix de vie. «On divise tout équitablement : électricité, eau. Ça me permet de mettre de l’argent de côté», témoigne Rachelle. Les chiffres de l’ITSEE révèlent des situations parfois difficiles : ces ménages connaissent un taux de suroccupation supérieur à la moyenne territoriale et un taux d’emploi inférieur. Les femmes y sont particulièrement présentes, assumant souvent des responsabilités familiales élargies. Face aux préjugés qui persistent, Rachelle assume son choix : «Il y en a qui voient ça comme péjoratif de revenir vivre chez ses parents à mon âge, alors que ça nous permet à tous d’avancer ensemble. Préparer un futur plus sain pour mes filles mais aussi être présente pour mes parents». Derrière ces chiffres se dessine une réalité sociale complexe, où la solidarité familiale reste un modèle rassurant face aux défis actuels. À Saint-Martin, la maison multigénérationnelle n’est pas un repli, mais une force collective qui conjugue tradition et résilience. 

Sunita Mittal