Budget de la Collectivité : entre contraintes financières et investissements nécessaires
Le dernier budget plein de l’actuelle mandature s’élève à 276,3 M€, dont 170,8 M€ en fonctionnement et 105,4 M€ en investissements. Il était soumis au vote du conseil territorial le 27 mars.
Le Président de la Collectivité, dès son discours d’introduction, a posé le contexte de ce nouveau budget primitif, « particulièrement contraint » justifié par une économie fragilisée par un coût de la vie élevé, une dépendance quasi-totale aux importations, une vulnérabilité logistique allongeant les délais d’approvisionnement… mais les choix restent assumés, peu importe les conséquences a indiqué le Président.
Un débat court et sous tension
Les résultats présentés en amont du budget primitif ne sont pas définitifs, car les comptes 2025 ne sont pas encore achevés. Jean-Sébastien Gottin, directeur général adjoint des affaires financières indique cependant qu’ils sont inférieurs à ceux de l’année précédente, la Collectivité ayant puisé dans ses ressources pour poursuivre ses investissements. Elle a un stock de dettes de 55 M€, mais avec un ratio de désendettement de 5 ans toujours en dessous du seuil d’alerte (10 ans). Des efforts de maîtrise des dépenses seront donc encore à faire en 2026.
Concrètement pour cette année, les recettes diminuent légèrement (- 1,4 M€) alors que certaines dépenses augmentent, notamment les charges à caractère général (+ 4,9 M), dont près de 10 M€ pour les missions jugées essentielles, à savoir la collecte des déchets, la gestion des sargasses, et l’entretien du territoire. La masse salariale est stabilisée à 64,1 M€ et la mandature maintient ses engagements sociaux à hauteur de 14 M€ pour le RSA et de plus de 34 M€ pour les politiques sociales. Les dispositifs des établissements publics à vocation sociale ou économique, les subventions aux associations et la qualité du service public ne pourront eux être réduits. Sur le plan financier, l’épargne brute est positive, mais en diminution et dans le projet de délibération est d’ores et déjà envisagé le recours à l’emprunt dans le cadre du budget supplémentaire afin de soutenir le programme d’investissements.
Louis Mussington a indiqué avoir fait des choix responsables et que chaque euro est encadré et chaque dépense justifiée. Mais, il assume aussi d’autres choix plus critiqués, comme Air Antilles, ou encore les recrutements. Il a d’ailleurs annoncé que des cadres (catégorie A) seraient à nouveau engagés prochainement pour renforcer l’ingenerie et mieux maitriser les compétences de la Collectivité.
Aux remarques sur l’insincérité du budget de la part de l’opposition, le débat a tourné court, pour passer directement au vote : 16 voix pour, 4 contre et 2 abstentions.
Des crédits en attendant les subventions
En amont du vote du budget les élus ont voté la signature de six conventions de crédit avec l’Agence Française de Développement (AFD) pour un montant de 12 M€. Ces accords de préfinancement permettront, dans l’attente du versement des subventions d’État, de finaliser les projets en cours : réhabilitation de la MJC de Sandy Ground (1,4 M€), reconstruction du collège 600 de Quartier d’Orléans (3,5 M€), travaux d’aménagement de la RN7 à la Savane (4,725 M€), réhabilitation de la médiathèque de Concordia (1,435 M€), remise à niveau de la caserne des pompiers (315 000 €) et verdissement des établissements scolaires (796 000 €). Ces 12 M€ seront injectés dans la trésorerie et ne figureront pas dans le budget et n’auront pas d’écriture comptable a indiqué la Directrice Générale des Services, « car c’est une opération non pas budgétaire mais de trésorerie ».
La question a été posée à plusieurs reprises par Philippe Philidor : quel est le coût réel de ces préfinancement en ajoutant les frais et les intérêts ? En effet si le montant des frais d’ouverture (61 000 €) est établi, les intérêts à taux variables demeurent une inconnue. Jean-Sébastien Gottin le reconnaît, « on n’a pas fait ces calculs, ce sera en fonction de la durée de remboursement ».
Une incertitude soulignée par l’ensemble de l’opposition, qui s’inquiète que la Collectivité s’engage dans des pré financements dont elle ne maîtrise pas le coût. Des arguments rejetés par le Président qui a mis fin au débat, en accusant l’opposition d’être d’ores et déjà en campagne, et en procédant directement au vote. Toutes les délibérations ont été adoptées à la majorité.