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Le docteur Tchero obtient gain de cause

Par Ann Bouard
12 Février 2026
Maître Johanna Mathurin et le docteur Huidi Tchero @SOS Radio

Le tribunal administratif de Saint-Martin a suspendu, ce mercredi 11 février, l’arrêté du 24 novembre 2025 par lequel le ministre de la Santé retirait au docteur Tchero son autorisation d’exercer la médecine en France. 

Le docteur Huidi Tchero était mis en cause pour avoir exercé sa spécialité sans diplôme valide. Une lettre du doyen de l’université de Conakry, datée de septembre 2025, indiquait en effet que Huidi Tchero disposait bien d’un diplôme de docteur en médecine, mais pas de diplôme d’études spécialisées (DES) de chirurgie générale, option orthopédique et traumatologie. Le parquet de Basse-Terre avait ouvert une enquête en octobre 2025 et le médecin avait été suspendu, à titre conservatoire, par l’Agence régionale de santé (ARS). Suite à l’arrêté ministériel du 24 novembre, lui interdisant d’exercer la médecine en France, il avait été licencié sans indemnité par le centre hospitalier Louis Constant Flemming au lendemain de la décision.

Une décision ministérielle contestée

Dans une interview accordée début janvier à nos confrères de SOS Radio, le médecin et son avocate, Maître Johanna Mathurin, avaient exprimé l’intention de faire annuler la décision, estimant que le médecin avait respecté toutes les procédures et passé tous les concours et tests de connaissances requis pour exercer. Quant au faux diplôme de spécialité, elle avait indiqué que Huidi Tchero avait obtenu un certificat d’études spécialisées en Guinée-Conakry, soit l’équivalent de l’actuel DES. Pour l’avocate, l’arrêté ministériel n’était basé sur aucun élément juridique et uniquement sur la lettre du doyen de l’université de Conakry. Une requête avait donc été déposée dès le 13 janvier auprès du tribunal pour demander l’annulation de cet arrêté.
L’affaire a été examinée par le tribunal administratif de Saint-Martin le 4 février dernier, qui a rendu sa conclusion ce mercredi 11 février. Le juge des référés a estimé que le caractère frauduleux des diplômes n’était pas avéré et a remis en cause la légalité de la décision ministérielle. En effet, selon les dispositions du code de la santé publique, l’obtention d’un diplôme d’études spécialisées (DES), voire d’un certificat d’études spécialisées (CES), n’était pas exigée pour délivrer l’autorisation d’exercer : seul un diplôme de médecin était requis. Dès lors, le ministre « ne pouvait retirer cette autorisation que dans le délai de quatre mois, sauf en cas de fraude », souligne le tribunal. Or, « la situation de fraude ne résulte pas de l’instruction ». Le tribunal note également que le ministère de la Santé n’a produit aucun mémoire en défense et n’était ni présent ni représenté à l’audience. Les magistrats ont estimé que le ministère avait fait une erreur d’appréciation de la situation et pris une mesure jugée disproportionnée. L’arrêté a donc été suspendu.
À noter cependant que cette ordonnance de référé ne clôt pas pour autant l’affaire. L’enquête pénale ouverte par le parquet de Basse-Terre est toujours en cours. À ce jour, le centre hospitalier de Marigot n’est pas revenu sur le licenciement du médecin, qui demeure effectif.    

Ann Bouard