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Jonathan Pietrzak : l’art comme expérience du réel

Par Ann Bouard
12 Août 2026

Après près de vingt ans à explorer la danse contemporaine et ses rencontres avec l’image‭, ‬le son ou encore les arts graphiques‭, ‬et une petite pause de dix ans‭, ‬Jonathan Pietrzak revient pleinement à la création‭ ‬avec Zone Sensible‭, ‬qui s’installe cette année à Saint-Martin‭. ‬Une structure pensée non pas comme une nouvelle école de danse‭, ‬mais comme un espace de recherche et de transmission‭, ‬avec une envie‭ : ‬faire entrer le mouvement là où on ne l’attend pas forcément‭.‬

Jonathan Pietrzak étudie la danse dès son plus jeune âge, en Bourgogne, débutant comme beaucoup par la danse classique, le jazz… Il s’ouvre à la danse contemporaine en 1996 avec la compagnie Di-Helo, où il découvre la danse verticale (sur corde et élastique pour les néophytes). En 2007, il devient  directeur artistique de la compagnie Le Tube, avec l’envie de développer un travail de recherche et de création autour de la danse contemporaine, mais aussi de favoriser une approche artistique pluridisciplinaire par la rencontre de la danse avec l’image et le multimédia, la musique, l’écriture et plus largement le spectacle vivant… il trouve là sa voie. Jonathan Pietrzak développe ainsi pendant près de vingt ans une recherche à la frontière de la danse, de la perception et de l’expérience des sens.

Mais la pratique est exigeante, il fait une pause, travaille dans la restauration dans le sud de la France et opère en 2015 un nouveau tournant en s’installant à Saint-Martin, qu’il connaissait jusque-là en vacances. Cette année, il a décidé de relancer pleinement son activité avec Zone Sensible, sa société de production qui, peu à peu, s’installe dans le paysage artistique de l’île.

Des actions sur mesure

Zone Sensible s’inscrit dans une approche globale des arts. Si la danse contemporaine reste au cœur du travail de Jonathan Pietrzak, elle dialogue désormais avec la vidéo, le son et d’autres formes artistiques, dans une démarche résolument pluridisciplinaire. Une évolution qui s’est nourrie de dix années de maturation.

Zone Sensible est une structure qui permet de travailler le corps à travers le mouvement, avec une approche pédagogique. Mais cela n’est surtout pas une école de danse. L’idée, au contraire, est d’apporter un plus aux écoles existantes, sous forme de stage, de collaborations ou de temps d’approfondissements comme la technique Cunningham, le travail sur l’espace, le dé-danser… 

Sans local, avec des interventions ponctuelles, c’est aussi une forme de liberté qui permet pour Jonathan de s’adapter à toutes les demandes que ce soit dans les écoles, les hôtels, les entreprises… avec le souhait de travailler en priorité avec les structures socio-culturelles, et même l’EHPAD, pour que chaque individu puisse se réapproprier son corps, quel que soit son parcours. Dans une société où le contact humain est de plus en plus compliqué, et le corps mis de côté, la danse peut agir comme thérapie. Sur le territoire beaucoup œuvrent en ce sens, Jonathan a le rêve de fédérer autour de lui pour créer quelque chose de visible.

Des ateliers rendez-vous

Zone Sensible, ce sont aussi des ateliers ponctuels pour entrer dans cet univers par l’expérience, sans niveau requis. On y explore les appuis, la respiration, le poids, l’espace… et l’on apprend à habiter son corps autrement, à déplacer ses habitudes et à laisser émerger ce qui cherche à bouger, sans recherche de performance ni avoir l’obligation de « savoir danser ».  Ici, le mouvement devient un terrain d’écoute, de présence, d’affirmation et de création.
Dès septembre, un atelier sera proposé chaque jeudi soir, au Studio The Vibe, à Hope Estate. La première heure, de 19h à 19h45, sera consacrée au training corporel, avec de la barre au sol et un travail de mise en condition, puis de 19h45 à 21h, le travail s’axera sur la recherche chorégraphique.
Une rencontre mensuelle sera également organisée à Oyster Pond, autour de la composition instantanée. Le principe : travailler à partir de règles, de partitions ou de contraintes, tout en laissant l’exécution totalement libre. Chaque séance donne ainsi naissance à une composition unique, construite et improvisée dans l’instant.

La création de spectacles, forcément, n’est jamais très loin. Jonathan peaufine l’écriture de son prochain solo, où l’on  retrouvera la vidéo et le son, autour cette fois de la perte de repères en termes de perception… avec l’idée d’investir des espaces un peu différents, pour sortir la danse de là où l’on a l’habitude de la voir. Car il « ne veut pas seulement proposer de la danse, mais créer des espaces où chacun peut retrouver une relation plus libre, plus juste et plus vivante à son corps. » Zone Sensible ne fait que commencer !          

Ann Bouard