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Un 14 juillet entre tradition républicaine et enjeux locaux

Par Ann Bouard
16 Juillet 2026

Comme l’a souligné le député Frantz Gumbs dans son discours‭, ‬la prise de la Bastille était un mardi‭, ‬exactement comme cette année‭. ‬C’était il y a 237‭ ‬ans‭. ‬La même année à Saint-Martin‭, ‬le Fort Louis était achevé et la prison‭, ‬depuis disparue‭, ‬pouvait accueillir‭ ‬ses premiers prisonniers‭. ‬Aujourd’hui‭, ‬on ne retient de ce pan de l’histoire que l’aspect festif‮…‬‭ ‬mais cela ne doit pas occulter une histoire qui a construit la société d’aujourd’hui et qui continue à le faire‭.‬

Pour cette célébration, la foule était un peu moins nombreuse qu’à l’accoutumée pour assister au défilé des troupes militaires, civiles ou associatives. Dommage, car il était parfaitement orchestré avec deux nouveautés, la présence des anciens combattants et pour la toute première fois celle des sauveteurs en mer bénévoles de la station SNSM de Saint-Martin emboîtant le pas aux gendarmes, à la police de l’air et des frontières, à la police territoriale, à un détachement du RSMA et aux sapeurs-pompiers, dont les camions ravissent toujours autant les enfants. Les associations ont ensuite pris le relais avec notamment les scouts de Saint-Martin, la Boy’s Brigade, le Soualiga Drum Band, les Pathfinders et les très attendus élèves du périscolaire de la CTOS… dont le passage a, une fois encore, fait le bonheur des spectateurs.
Le défilé était suivi par le traditionnel dépôt de gerbes au monument aux morts, par le président Mussington, le député Frantz Gumbs, la sénatrice Annick Pétrus et la sous-préfète Marie-Hildegarde Chauveau, en présence du gouverneur de Sint-Maarten Ajamu Baly, du Premier ministre de Sint Maarten Luc Mercelina et des élus de la partie néerlandaise, ainsi que des acteurs du monde associatif et économique.

L’avenir : la préoccupation des élus et de l’État

Tous ont ensuite rejoint le front de mer pour les discours officiels, ouverts cette année par Jahid Hamlet, président du Conseil territorial des jeunes. Profitant de cette tribune, il a adressé ses félicitations à tous les nouveaux diplômés et encouragé les autres à ne rien lâcher dans leurs parcours. La jeunesse était d’ailleurs au cœur des préoccupations et le fil conducteur des interventions des parlementaires, Annick Pétrus et Frantz Gumbs, ainsi que de la sous-préfète Marie-Hildegarde Chauveau, toutes résolument tournées vers l’avenir. On aurait pu s’attendre, pour ce dernier discours du 14 juillet de son mandat, à une allocution plus incisive de la part du président Louis Mussington, mais son intervention s’est révélée être un résumé de celle prononcée lors du conseil territorial du 27 juin, à savoir un bilan des actions entreprises sous sa mandature et une projection vers l’avenir ayant pour leitmotiv le changement statutaire.

Sur le bilan, rien de nouveau. Louis Mussington s’est une nouvelle fois félicité des projets structurants qui sortent de terre : les deux collèges, la médiathèque, l’amélioration des routes, l’éclairage public, ainsi que le rachat des terrains Beauperthuy et la sécurisation des 38 M€ nécessaires à cette opération, qui est une manière de préserver le futur des nouvelles générations. Pour rappel, l’acquisition des 13 parcelles de la succession Beauperthuy a été validée en décembre 2025, avec un portage financier de l’Établissement public foncier Terres Caraïbes sur une durée de dix ans. Au terme de cette période seulement, le foncier sera intégralement rétrocédé à la Collectivité. Dernière intervenante financière du montage, la Banque des Territoires a accordé un prêt de 18 M€, à un taux variable (entre 3,5 % et 3,8 %) ! Pour l’instant, rien n’est donc acquis. Quant à l’éclairage public… nous y reviendrons. La priorité semble en effet être désormais à l’acquisition d’une plus grande autonomie afin d’agir plus efficacement, tout en conservant cependant le soutien de l’État. 
« L’heure de la modification de notre loi organique a sonné. Notre objectif n’est pas de demander davantage de compétences par principe, mais de disposer des outils juridiques et institutionnels nécessaires pour répondre aux problématiques du territoire », a insisté le président. Les événements particulièrement graves de ces derniers jours, dont l’agression de la sénatrice et les braquages de deux pharmacies, ont été condamnés par le président qui a indiqué  « poursuivre le travail pour renforcer les moyens de lutte contre cette délinquance »… aux côtés de l’État.  L’histoire n’en a pas pour autant été oubliée, et sur ce point c’est le député qui a lancé un appel à l’État afin de préserver et restaurer le patrimoine historique de Saint-Martin. Il a rappelé, non sans ironie, qu’en 1789 la dette du Royaume était colossale… et que l’histoire a parfois tendance à se répéter.
La fête a ensuite repris ses droits. Les animations musicales et les stands de restauration installés sur le front de mer ont offert à la population un moment de convivialité, avant de s’achever en beauté avec le traditionnel feu d’artifice tiré dans la baie. Une double célébration, car la fête nationale coïncide avec celle de Marigot.        

Ann Bouard