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Sargasses : pas de solution miracle

Par Ann Bouard
6 Octobre 2025
Igor Rembotte, Bernadette Davis et Fabrice Thibier lors du point presse à l’issue du Copil Sargasse

Trois ans après les premières annonces, les sargasses continuent d’impacter les côtes de Saint-Martin. Malgré des promesses de filets déviants, de capteurs d’hydrogène sulfuré ou de ramassage en mer, la Collectivité et l’État tâtonnent encore pour contenir un phénomène devenu à la fois environnemental, sanitaire et économique. Un nouveau comité de pilotage Sargasse (COPIL) se tenait jeudi dernier en préfecture.

Ce COPIL, sous la houlette du secrétaire général, Fabrice Thibier, de la directrice de cabinet et sous-préfète Marie-Hildegarde Chauveau, de la 2e vice-présidente de la Collectivité, Bernadette Davis, a réuni les techniciens de la Collectivité et de l’État, la CCISM, le CESC, la réserve naturelle et le collectif anti-sargasses. À l’issue des échanges, un point presse s’est tenu afin de faire le bilan d’une année qualifiée de record, et d’aborder les solutions envisagées pour la prochaine saison.

14 000 tonnes d’algues ramassées

Depuis 2024, deux entreprises locales assurent le ramassage des sargasses dans le cadre d’un marché de quatre ans avec la Collectivité. Ce modèle, jugé « plus régulier et conforme » par la Cour territoriale des comptes, a permis de mieux suivre les volumes et d’assurer un stockage contrôlé à l’éco-site de Grandes Cayes. En 2025, la saison a cependant battu des records : 14 000 tonnes d’algues ont été collectées entre février et septembre, dont 5 470 tonnes sur le seul mois de juillet. Un volume inédit, qui devrait atteindre 18 000 tonnes d’ici la fin de l’année. Quant à leur traitement, elles sont simplement enfouies à l’éco-site de Grandes Cayes.
Cette explosion des échouages a un coût : 4,4 M€ dépensés cette année, contre 700 000 € en 2022. Le financement est partagé à parts égales entre la Collectivité et l’État, mais jugé insuffisant par Bernadette Davis : « Nous ne pouvons plus assumer seuls. Si le phénomène s’amplifie, il faudra une réponse mondiale. » Une position partagée par les élus de la région, alors que la Guadeloupe a obtenu l’adoption d’une motion pour une gouvernance internationale des sargasses ; sujet qui sera abordé lors du Congrès mondial de la nature qui se tiendra à Abou Dhabi à partir du 9 octobre. Pour le secrétaire général « Saint-Martin fait mieux que beaucoup de territoires voisins », même si aucune solution miracle n’existe encore.

Les barrages déviants en 2026

Si le COPIL de la semaine dernière était présenté comme le premier, un COPIL avait d’ores et déjà été organisé en septembre 2022. Depuis cette date, la solution envisagée, mais qui tarde à se mettre en place (voir notre édition du 25 juillet), était les barrages déviants à Cul-de-Sac et à l’étang aux Poissons. Le marché d’un million d’euros vient enfin d’être validé. Après deux ans d’études de faisabilité, les conclusions confirmeraient la pertinence du dispositif : à Cul-de-Sac, trois sections en cascade devraient détourner environ 90 % des arrivages, tandis qu’à Quartier d’Orléans, un barrage unique protégera la population des émanations d’algues en décomposition. Les points de collecte centralisés permettront un ramassage plus rapide et plus propre, assure la Collectivité. Reste au prestataire qui sera notifié dans les jours à venir à réaliser les études environnementales obligatoires. Si le calendrier est respecté, les infrastructures seront opérationnelles à l’horizon mai-juin 2026, avant le pic de la prochaine saison estimé à juillet.

La mobilisation pour solution

Le collectif anti-sargasses et les socioprofessionnels de l’Est de l’île, lourdement touchés cette année, continuent d’alerter sur la dégradation du cadre de vie et sur les pertes économiques. A noter que les entreprises concernées peuvent bénéficier du chômage partiel, mais que peu en font la demande. 
Face à un phénomène qui dépasse les frontières caribéennes, les acteurs locaux plaident pour une mobilisation régionale et internationale ;  une conférence aux Antilles sur cette thématique pour mobiliser les États pourrait être organisée l’année prochaine. Enfin, le 3e plan Sargasses doit toujours être élaboré par l’État. D’ici là, Saint-Martin s’accroche à ses digues administratives et à ses pelles mécaniques, en attendant que les promesses de 2022 deviennent enfin réalité.
La bonne nouvelle est que l’Atlantique semble moins chargé en algues brunes et que si des filaments sont encore présents à proximité des îles du Nord, les échouements commencent à se tarir.                                     

 

Ann Bouard