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Lutte contre les sargasses : pas d’avancée avant 2026

Par Ann Bouard
21 Juillet 2025

La problématique des sargasses ne date pas d’hier‭. ‬Depuis 2011‭ ‬ce fléau impacte significativement l’île‭, ‬comme tant d’autres‭. ‬Ce qui change est l’ampleur du phénomène‭. ‬Le réchauffement climatique entraîne la prolifération des algues brunes et des échouements de plus en plus‭ ‬massifs‭. ‬Une réunion se tenait vendredi dernier à la Préfecture pour faire à nouveau le point‭. ‬Ce qu’il en ressort‭ ? ‬Rien ne sera fait cette année‭, ‬et il faudra attendre la saison 2026‭ ‬pour voir émerger quelques solutions‭. ‬Mais peut-on encore y croire‭ ? ‬

En septembre 2022, le premier comité de pilotage avait été installé. Préfecture et Collectivité, lors d’une conférence de presse, annonçaient alors la « pose, à titre expérimental, et ce avant le début de la prochaine saison des sargasses (mai 2023), de filets de barrage dans la Baie de Cul-de-Sac et dans la Baie de l’Embouchure, au niveau de l’entrée de l’étang aux Poissons ». Lors de cette même conférence, les autorités indiquaient également que le territoire allait se doter de capteurs fixes automatisés, installés sur les côtes impactées, pour faire des relevés en continu des émanations d’hydrogène sulfuré. L’objectif alors était d’être prêt avant l’été 2023, soit avant ce que l’on appelle désormais «la saison des sargasses». Trois ans se sont écoulés et tous ces projets n’ont pas sorti la tête de l’eau. 

On nous mène en bateau ?

La solution d’une barge pour ramasser les algues en mer avait aussi été proposée en 2022 par une société privée, mais jugée non pertinente pour le territoire : « ce n’est pas une solution technique que l’on retient pour l’instant, la configuration de chaque site impacté est différente (trait de côte, exposition aux courants, accessibilité des points de ramassage à terre, etc...) et il y a des limites dans les conditions d’exploitation d’une barge de ramassage en temps de forte mer et de houle, mais également en termes de coûts, de rendements, etc. » avait alors expliqué Laurent Guillaume (direction de l’environnement de la Collectivité).
Lors du comité interministériel de la mer qui s’est tenu début mai, le Premier ministre a annoncé un 3e  plan de lutte contre les sargasses « dans les mois qui viennent ». Dans les nouvelles mesures prévues, le ramassage en mer avec une nouvelle génération de Sargator, capable de collecter jusqu’à 16 tonnes d’algues par heure et l’utilisation de grues et de barges de stockage dédiées ; l’objectif étant de limiter la prolifération des sargasses qui « défigurent nos côtes, empêchent la baignade, rendent impossible la vie des riverains », avait alors indiqué François Bayrou sans toutefois donner plus de précisions quant au déploiement de ces bateaux.

Est-ce réellement une priorité ?

Le rapport de synthèse de la Cour Territoriale des Comptes sur les sargasses et leur gestion par les différentes collectivités des Antilles qui devait être détaillé lors du conseil territorial du 26 juin dernier par Igor Rembotte (direction de l’environnement de la Collectivité), n’a eu droit qu’à quelques minutes d’attention de la part des élus. Le Président avait coupé court indiquant «  j’espère que l’ARS prend toutes les dispositions pour gérer les odeurs, les entreprises sont mobilisées de l’aube au crépuscule et l’on y fera face avec les moyens dont nous disposons ».
Ce rapport est néanmoins intéressant, car il met en exergue les principales difficultés et donne de premiers retours d’expériences sur les moyens mis en œuvre en Guadeloupe ou Martinique, précieux pour adapter les solutions. En effet la lutte contre ce phénomène est rendue complexe par l’absence de statut juridique  de la sargasse comme déchet  et par les responsabilités croisées d’acteurs publics et privés sur les espaces littoraux. Le rapport recommande de renforcer la coordination État – collectivités  – EPCI, de standardiser les procédures d’achat, d’effectuer un suivi financier et justifié des subventions et de mobiliser intégralement les aides disponibles (notamment les fonds européens).
Saint-Martin, par rapport aux communes étudiées dans le rapport s’en sort plutôt bien avec une gestion mieux régulée depuis 2024, ne procédant plus sur réquisitions (système jugé irrégulier par la CTC), mais en concluant un marché avec deux entreprises saint-martinoises sur quatre ans ayant chacune deux sites en gestion. Elle fait figure de bon élève également en matière de stockage. « Seule Saint-Martin qui a fait le choix de gérer les sargasses comme un flux de déchets est parvenue à mettre en place une gestion efficace, conforme et mesurable des volumes traités » indique le rapport. Cependant la CTC note des dysfonctionnements récurrents, notamment un défaut d’anticipation sur les délais de passation des marchés, des imperfections dans la définition du besoin, des difficultés à vérifier la réalité.

Bis repetita

Suite à la réunion organisée sur le parking de Cul-de-Sac le 7 juillet dernier, la préfecture a organisé une réunion entre ses services et ceux de la Collectivité, le 18 Juillet. Même salle, même discours comme chaque année depuis trois ans. Ont été conviés à cette rencontre Oswen Corbel, loueur de kayaks, Vivian Hodge, représentant les passeurs de Pinel et Bruno Lebre, représentant le représentant du Collectif anti-sargasses. Il ressort de cette réunion que rien de plus ne sera mis en place que ce qui existe déjà en termes de moyens pour cette saison. L’installation des filets déviants n’est toujours pas effective, la Collectivité devant valider le choix du prestataire à la fin du mois. La ligne budgétaire dédiée aux sargasses ne sera abordée qu’en septembre. Un comité de pilotage sera organisé tous les deux mois avec la Collectivité, les services de la Préfecture, le Collectif anti-sargasses, les passeurs de Pinel, et les socio-professionnels qui le souhaiteront. Mauvais timing ou lourdeurs administratives, l’installation de nouveaux dispositifs, s’ils sont bien validés, n’interviendra donc pas avant 2026. D’ici là, il faudra continuer à composer avec un système de ramassage jugé « non optimal » par les professionnels eux-mêmes, et une crise environnementale et sanitaire qui, chaque jour, gagne en ampleur. 

Ann Bouard