La réalité sur le terrain : la pression monte
Effets sanitaires, socio-économiques et environnementaux importants et néfastes, les sargasses affectent le quotidien de tous. Sur les réseaux sociaux la mobilisation s’accentue et si en septembre rien n’est fait les socio professionnels, certains l’assurent, monteront au créneau.
Si elles ne présentent aucun danger en pleine mer, où elles abritent des espèces marines, leur accumulation sur les côtes entraîne la libération d’hydrogène sulfuré et d’ammoniac à leur décomposition, causant nausées, vomissements ou maux de tête. Les résidents des secteurs de Cul-de-Sac ou d’Oyster Pond sont toujours les premiers impactés, mais cette année ce sont tous les quartiers sur la côte Est de l’île qui subissent leurs effets.
Le jeu des dominos
Chaque année, les sargasses entrainent des fermetures, de quelques jours, 10 en 2022, mais cette saison, les passeurs de Pinel sont sans travail depuis trois semaines ; impossible d’accéder à l’embarcadère, car les algues également en profondeur altèrent les moteurs des bateaux. Pas de navette, ce sont des clients en moins pour les deux restaurateurs de Pinel. Le restaurant Karibuni « survit » avec à peine 20 couverts le midi, contre la centaine habituelle. Ils ont arrêté leurs commandes aux pêcheurs. Quant au personnel en CDI jusqu’à fin août, impossible de le mettre en chômage partiel à un mois des vacances ; « on est obligé de garder toute notre masse salariale » indique la directrice de l’établissement. C’est toute une économie qui souffre, déplore Oswen Corbel, dont les locations de kayaks à l’embarcadère de Pinel sont au point mort depuis le 23 juin. Il doit négocier avec l’URSSAF la suspension de ses prélèvements.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres
Même son de cloche sur la Baie Orientale où les transats demeurent désespérément vides, et le chiffre d’affaires en chute libre. Du côté des Carbets, les plagistes ratissent inlassablement pour remettre les algues à l’eau, afin qu’elles soient emmenées plus loin, où elles seront ramassées par le bulldozer des plages privées à leurs frais. Celui mis en place par la Collectivité, ne passe pas sur cette partie de la plage, s’activant sur la partie de Mont Vernon qui concentre plus d’habitations.
Les taxis déposent les touristes, mais ils font vite demi-tour pour retourner sur la partie néerlandaise peu impactée ou au mieux à Grand Case ou Friar’s Bay.
Les sargasses menacent de mettre tout un pan de l’économie à l’arrêt. Les participants à la réunion vendredi, en présence de tous les acteurs concernés, gardent cependant espoir. La nouvelle équipe de la Préfecture semble être plus attentive et surtout ouverte à la discussion pour développer des tests et des projets. Entre boudins bloquants, filets dérivants, enrochement du littoral, ramassage en mer… beaucoup de pistes peuvent être développées, mais il y a urgence. Beaucoup s’accordent à dire que « l’on a encore perdu un an, et que l’on aurait pu éviter la catastrophe ».