Immersion dans l’habitat indigne avec les Compagnons Bâtisseurs
La crise du logement reste l’un des défis sociaux les plus urgents du territoire. Selon l’Observatoire des Outre-mer, une part importante des résidences principales relève de l’habitat indigne : logements insalubres, sur-occupés, inachevés, sans eau ni électricité, construits en zone inondable, sans normes parasismiques et cycloniques. Une problématique prise à bras le corps par les Compagnons Bâtisseurs.
Pour comprendre la réalité du territoire en la matière, il suffit de se rendre au cœur des quartiers, à la rencontre des habitants. C’est ce qu’a fait le préfet Cyrille le Vély, accompagné de Corinne Juhel, déléguée du préfet à la politique de la ville et Naïke Panga de la DEETS, le 26 août dernier, en visitant des chantiers menés par les Compagnons Bâtisseurs à Quartier d’Orléans.
Deux chantiers et une réalité
Le premier chantier va permettre à un homme au parcours de vie compliqué, récemment victime d’un AVC, et hébergé dans une partie délabrée de la maison de son frère, de pouvoir recouvrer une certaine autonomie. Les Compagnons Bâtisseurs sont intervenus sur l’espace sanitaire afin de pouvoir l’adapter à sa mobilité désormais réduite. Le coût estimé des matériaux nécessaires à ce programme d’adaptation est de 1550 €, dont 10% sont pris en charge par la famille (155€), qui de son côté va réhabiliter le reste du logement. Les aménagements ont été faits en suivant les conseils d’un ergothérapeute, en convention avec la clinique Manioukani, et là encore cela représente un coût pris en charge par l’association.
Mais, tous n’ont pas la possibilité d’avoir un toit familial. C’est le cas de Monsieur Brown arrivé de Saint-Kitts il y a une cinquantaine d’années, pour travailler à Saint-Martin. L’époque était autre et aujourd’hui sans papier l’autorisant à prétendre à une quelconque aide, il vit dans quelques mètres carrés vétustes, sans eau, ni électricité, et dépend de la générosité de ses voisins pour le strict nécessaire : manger, dormir, se laver. Les compagnons bâtisseurs ont réhabilité entièrement sa minuscule case en refaisant la charpente et la couverture, en fermant le couloir-terrasse pour en faire un coin cuisine, en posant une porte d’entrée et des fenêtres et en installant un récupérateur d’eau. Reste encore à poser du carrelage, à peindre et à nettoyer pour qu’il puisse retrouver un semblant de dignité.
Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres, la liste des demandes ne cesse de s’allonger. Les personnes bénéficiaires de ces travaux sont souvent identifiées par les associations présentes dans les quartiers, ou par le pôle solidarité et familles de la Collectivité.
Des interventions indispensables
Ces deux chantiers avancent lentement faute de bénévoles. Mais, ils sont la seule aide possible pour ces personnes en grande difficulté et souvent « invisibles » car en marge de la société, dans une situation de non-droit. Hubert Hill, animateur socio-professionnel, en est conscient, les Compagnons Bâtisseurs sont les seuls à pouvoir intervenir dans ces conditions. Leur difficulté, outre de trouver des bénévoles, est également d’être le plus juste possible dans leurs aides. Pour chaque chantier un budget est défini (en moyenne 4500€), afin de ne pas faire plus pour l’un que pour l’autre, avec toujours pour mission de rendre le quotidien de ces oubliés de la vie un peu plus normal.
Pour le Préfet, il est nécessaire d’apporter des réponses concrètes et « l’État doit être représenté dans sa dimension la plus humaine ». En clair, il faut faire du cas par cas, car chaque situation est différente.
L’État soutient en effet l’action des Compagnons Bâtisseurs à hauteur de 44% de leur budget, dans le cadre du programme national de la politique de la ville. Pour le reste l’association mobilise un maximum de partenaires et d’entreprises qui peuvent apporter une contribution. Ils font appel par ailleurs aux personnes en service civique pour la main-d’œuvre.
Apprendre pour aider : à l’atelier ou avec le Bricobus
En amont des visites, la petite délégation a visité le siège de l’association qui de simple atelier de quartier s’est transformé depuis 2023 en un tiers-lieu. Désormais, l’endroit permet à qui veut de profiter de l’espace de coworking et bien sûr de bénéficier du plateau technique pour se former, apprendre les rudiments du bricolage ou fabriquer des objets. Situé en rez-de-chaussée de la résidence la Palmeraie à Quartier d’Orléans, le lieu a pris ses marques et accueille désormais des personnes venues de tous les quartiers de l’île. Une source de fierté pour Maé Bridier, directrice de l’association, qui en six mois a accueilli près de 450 personnes. Pour ceux qui n’ont pas fait le déplacement, le Bricobus va reprendre du service dès le 4 septembre à Sandy Ground. Les bénévoles à bord du camion des Compagnons Bâtisseurs, équipé de tout le matériel nécessaire, réaliseront ensuite 13 animations entre septembre et décembre.