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Les gendarmes de la prévention

Par Ann Bouard
27 November 2025

Au sein de la gendarmerie, la Maison de Protection des Familles (MPF) à Concordia assure une mission de prévention. Sébastien Moulay, adjudant-chef et commandant de la MPF de Saint-Martin et Nicolas Didier, adjudant, commandant adjoint, deux gendarmes, volontaires et ayant suivi une formation spécifique, consacrent leur journée à écouter et protéger les jeunes victimes. 

Ces gendarmes interviennent chaque année dans les établissements scolaires, publics ou privés, pour prévenir les situations à risques : violences, usages numériques à risques, drogues et addictions. En fonction des demandes et des âges, ils adaptent leur intervention. Elles sont généralement sollicitées par le chef d’établissement, ou organisées dans le cadre du Comité d’Éducation à la Santé et à la Citoyenneté, où professeurs, parents d’élèves et partenaires peuvent envisager d’aborder des sujets particuliers.  Suite aux faits de violence du début de l’année, les interventions se sont intensifiées : toutes les classes du collège Soualiga ont d’ores et déjà été sensibilisées, et d’ici la fin de l’année scolaire il en sera de même pour le collège Roche Gravée de Moho. Les collégiens sont le cœur de cible, car c’est l’âge où tout peut basculer.
Statistiquement, il est cependant difficile de connaître l’impact réel de ces interventions, mais elles peuvent permettre de libérer la parole des enfants et par leur biais sensibiliser aussi les parents. Lorsqu’ils présentent leurs missions, notamment l’audition des enfants victimes de maltraitance ou de violences sexuelles, et qu’ils rappellent que leur corps leur appartient et que personne n’est censé le toucher, cela déclenche souvent des questions et parfois une audition.

Des chiffres inquiétants autour des violences faites aux mineurs

Grâce aux adultes référents, les élèves savent vers qui se tourner et le relais se fait plutôt bien. Presque les trois quarts des procédures pour mineurs arrivent par signalement. Les établissements scolaires, via les assistantes sociales, mais aussi l’hôpital, sont les principaux relais. Parfois, c’est lors d’une intervention banale que les gendarmes constatent qu’un enfant est victime. 
Selon les recommandations du parquet, les enfants sont entendus à la MPF entre 4 et 15 ans. Mais lorsque les violences sont d’ordre sexuel, l’âge n’importe plus et l’enfant est alors auditionné selon la méthode Mélanie qui consiste en un échange verbal filmé, sans aucune note, afin de ne pas interrompre la discussion. Toutes les paroles sont ensuite retranscrites et un PV d’entretien résume les faits pour les enquêteurs. Les gendarmes y ajoutent parfois, leur ressenti, un geste ou un comportement particulier qu’ils ont capté, ce qui peut permettre aux experts ou psychologues de se baser sur un comportement qui définit quelque chose. Ces vidéos sont versées au dossier remis à la justice. Potentiellement elles peuvent être utilisées.
Les situations sont variées : violences intrafamiliales, violences sexuelles, ou encore adolescents qui se filment en plein ébats et diffusent sur les réseaux. Cela pose la question du consentement, mais aussi celle d’une maturité sexuelle très précoce sur le territoire. Les gendarmes traitent actuellement le dossier d’une jeune fille de 13 ans enceinte de sept mois.
La crise sanitaire avait réduit les interventions dans les écoles, elles ont été relancées fin 2023, entraînant une hausse importante des signalements et des auditions. 2024 a été un peu moins chargée, mais les chiffres repartent à la hausse. Depuis le 1er janvier, 61 auditions de mineurs ont été réalisées, dont celle d’un enfant de deux ans et demi. En octobre, 26 affaires de violences ont été enregistrées. Rapporté à la taille du territoire, c’est énorme.

Aller vers : une présence essentielle malgré des moyens limités

Leur travail s’arrête à l’audition ; l’enquête est ensuite menée par la brigade. Pour préserver leur propre santé mentale, ils ne peuvent pas s’impliquer davantage, même si l’exercice reste difficile. Les auditions d’enfants dans les affaires sexuelles sont des moments particuliers. Ils se retranchent derrière leur uniforme, choisi pour protéger, mais qui les protège aussi. Cette barrière est essentielle.
Au-delà des auditions, leur mission comprend une partie prévention, une judiciaire et une en lien avec les associations. Ils sont ainsi présents le mercredi matin à la Maison des Femmes. Un travail de fourmi pour protéger les mineurs, avec seulement deux gendarmes pour s’attaquer à ce fait de société. Ils rappellent qu’ils sont des gendarmes de la prévention : ils ne contrôlent pas, mais sont là pour protéger, écouter, échanger, créer du lien, et casser l’image du gendarme répressif.
Pour aller encore davantage vers la population, un stand itinérant de la MPF sera bientôt mis en place devant les supermarchés ou lors d’événements, afin de distribuer flyers et numéros utiles sur les violences intrafamiliales, mais aussi sur d’autres thématiques.    

Ann Bouard