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Petit-déjeuner de l’entrepreneur : exonérations fiscales, emploi et insertion au cœur des débats

Par Ann Bouard
26 January 2026

Le dernier petit-déjeuner de l’entrepreneur‭, ‬organisé le 26‭ ‬janvier par la FIPCOM-MEDEF Saint-Martin‭, ‬a une nouvelle fois rempli sa mission‭ : ‬offrir un espace‭ ‬structuré d’information‭, ‬d’analyse et de dialogue entre les acteurs économiques et institutionnels du territoire‭. ‬

À l’occasion de ce rendez-vous de début d’année, les personnalités présentes - le Président du MEDEF Saint-Martin / FIPCOM, Michel Vogel, le député Frantz Gumbs, le 1er vice-président de la Collectivité Alain Richardson, le préfet Cyrille Le Vély -, se sont pliés à la tradition des vœux avant d’entrer dans le vif du sujet : projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS), fiscalité du territoire, emploi et insertion.

Une victoire en CDD

Dans un contexte national instable, marqué par l’examen de motions de censure et où la France ne disposera pas de budget avant mi-février au mieux, la mobilisation des parlementaires, sénatrice et député, a certainement joué un rôle dans les négociations pour le maintien de la LODEOM (Loi pour l’Ouverture et le Développement Économique de l’Outre-Mer). L’ensemble des parlementaires ultramarins s’est montré uni et unanime dans leurs amendements.  Ils ont permis d’éloigner « pour un temps cette menace grave qui représentait un coup de rabot de 25 M€ pour le territoire » a souligné Hervé Mariton, le président de la FEDOM (Fédération des Entreprises d’Outre-mer). Mais pour un temps seulement, car si l’État reconnaît désormais la disproportion structurelle des économies ultramarines, le dispositif d’exonération est maintenu pour 2026… et après ? Bruno Blandin, président du MEDEF Guadeloupe, se dit ne pas être inquiet mais pas optimiste non plus. La conjoncture actuelle et les élections de 2027 peuvent rebattre les cartes. L’état de la France fait que nous devons être plus solidaires, dit-il.

L’union fait la force

Il y a donc visiblement une volonté du gouvernement de changer de méthode et de ton, constate le président de la FEDOM. La ministre des Outre-mer est consciente du calendrier, mais on le sait, tout ne se règlera pas d’ici 2027. Elle se dit cependant ouverte à un projet de loi d’orientation pour les Outre-mer et souhaite mettre en chantier une réflexion sur les exonérations potentielles de la LODEOM et l’aide fiscale à l’investissement pour élaborer la feuille de route demandée par le gouvernement. Il s’agit donc de ne rien lâcher pour les ultramarins, qui ont tout intérêt à se mobiliser, car comme l’a indiqué le préfet, l’union fait la force. Mais ils ont aussi intérêt à travailler leur image, car estime Cyrille le Vély, quand on a les compétences fiscales et de l’énergie, il faut donner envie aux représentants des ministères pour que la solidarité nationale s’applique, notamment sur la péréquation tarifaire de l’électricité. « La page est blanche », a-t-il indiqué, appelant élus et acteurs économiques à mieux valoriser Saint-Martin.

Fiscalité du territoire‭ : ‬à quelle sauce sera-t-on‭ ‬mangé en 2026‭ ?‬

La question de la fiscalité locale a été abordée par Alain Richardson qui, avec une pointe d’ironie, a évoqué « la sauce pour agrémenter les plats que nous allons tous partager ».
Chaque année, a rappelé le 1er vice-président de la Collectivité, le territoire doit se battre pour faire valider ou protéger des dispositifs indispensables. Sans la LODEOM, « nos économies et nos entreprises ne peuvent pas tenir ». Il a souligné l’importance de ces mécanismes pour accompagner les projets structurants, notamment dans le secteur hôtelier avec la création de 
1 000 chambres supplémentaires, issues de la réhabilitation des friches hôtelières peut-on supposer. La volonté de la mandature est de monter en gamme l’offre d’hébergement et accroître les capacités d’accueil, mais l’absence de visibilité fiscale pourrait remettre en cause ces investissements.
Dans un contexte social tendu — plus de 5 000 demandeurs d’emploi, 1 957 bénéficiaires du RSA, 2 474 personnes sans emploi ni formation, dont 47 % de jeunes âgés de 15 à 29 ans — Alain Richardson a exprimé un réel agacement face à l’incompréhension persistante, au niveau national, de la réalité ultramarine. Il a toutefois rappelé que la Collectivité s’efforce d’apporter une stabilité fiscale, avec la reconduction de plusieurs dispositifs locaux : déduction pour les entreprises soumises à l’IS, maintien des taux de droits de mutation, réduction de la TGCA à 2 % pour les travaux de construction de logements abordables, ainsi que diverses mesures en faveur du logement et de l’activité économique. Il a enfin jugé regrettable la situation d’Air Antilles, estimant que Saint-Martin subissait des entraves contraires à l’esprit de solidarité affiché.

Mission Locale et RSMA‭ : ‬des viviers encore sous-exploités

En matière d’emploi et d’insertion, la directrice de la Mission Locale a appelé les entreprises à recruter davantage en local, plutôt que de recourir systématiquement à des saisonniers extérieurs. Elle a rappelé l’existence de dispositifs d’immersion professionnelle, de contrats aidés et de parcours en alternance, proposés depuis plus de quatre ans, du CAP au Bac + 3. La structure accompagne actuellement 1 200 jeunes, avec un suivi individualisé, et un travail de mise en relation directe avec les entreprises. « Entreprises, ouvrez vos portes », a-t-elle lancé.
Le RSMA a présenté ses 25 filières de formation professionnelle, principalement dans les métiers techniques. Chaque année, une cinquantaine de jeunes sont formés en Guadeloupe, dont une majorité de Saint-Martinois. En 2024, 20 % d’entre eux ont été insérés localement, 30 % en 2025. Les formations, de six à douze mois, évoluent en fonction des besoins du marché de l’emploi. Mais, pour Alain Richardson, il est essentiel que la formation se développe directement sur le territoire, afin de répondre efficacement aux attentes économiques locales. À ce jour, les permanences du RSMA se tiennent deux jeudis par mois, mais à compter du mois de juillet, quatre permanents assureront le recrutement sur le territoire. 

 

 

 

Ann Bouard