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Comment ça va Saint-Martin ?

Par Ann Bouard
20 June 2025

C’est la question à laquelle les responsables des différents organismes locaux ont répondu lors de la plénière du Club de la Conjoncture qui se tenait mercredi dernier au Grand Case Beach Club. Globalement, les chiffres de 2024 sont  dans une bonne dynamique et les indicateurs économiques sont plutôt au vert.

Le Club de la Conjoncture, émanation de l’ITSEE, rassemble des institutions clés (IEDOM, EDF, CAF,  CARIF-OTEF, CCISM, CFP, DEETS, DGFIP, EDEIS, l’Établissement Portuaire, EEASM, EDF, France Travail, SAUR) et a pour objectif d’élaborer des diagnostics conjoncturels partagés et de répondre aux besoins des décideurs de Saint-Martin. Pour cette plénière, réunissant une bonne partie des acteurs économiques du territoire, l’ordre du jour était le  bilan de la conjoncture 2024.

Activités des entreprises : des créations en hausse

Les données brutes extraites du fichier Sirene de l’INSEE indiquent une hausse de 3,5% des immatriculations d’entreprises, essentiellement sur le premier trimestre de l’année, période qui semble être la plus propice à la création. L’année 2024 a été plus active en la matière qu’en 2023.
Cependant reste à connaître le taux d’entreprises inscrites, mais inactives, ou encore le nombre de radiations juridiques… des données qui devront donc être affinées en les recoupant avec celles de la CCISM ou de la Collectivité qui travaille actuellement sur un fichier des entreprises en activité pour avoir une vision plus réaliste.

Transport aérien : la reprise se confirme

À l’encontre des idées reçues, le pic de passagers a été enregistré en dehors de la haute saison, en août avec 27 680 passagers. Le trafic est demeuré stable sur les autres mois de l’année à l’exception de septembre (12 987 passagers) mois durant lequel l’activité ralentit.
Les chiffres présentés depuis 2011 (date de la Délégation de Service Public) avec pour année de référence 2019, démontrent la nette reprise d’Air Caraïbes (56% du nombre de passagers en 2019, 85% en 2024) qui a profité de l’absence d’Air Antilles (37% des passagers en 2019, 9% en 2024).
Sur le premier trimestre 2025, l’aéroport enregistre déjà une hausse de fréquentation de 11% comparée au 1er trimestre 2024, due notamment à l’augmentation des rotations des deux principales compagnies.

Transport maritime : globalement stable

Sur les trois sites dédiés au transport maritime  - le port de commerce, la gare maritime et la Marina Fort Louis – les chiffres sont là aussi plutôt positifs. La fréquentation des navires de commerce demeure constante, et 2024 a enregistré une hausse des bateaux de plaisance (pour faire le plein de fuel) et l’arrivée de nouveaux caboteurs en provenance essentiellement de la Dominique ou de Grenade pour l’importation de fruits et légumes. Le trafic commercial a enregistré une hausse de 20% en 2024 et le fret de 1%, avec 356 694 tonnes. Seul bémol, le nombre de croisiéristes, en chute libre, alors que le nombre d’escales reste identique. Les navettes entre Anguille et St Barth, ont cependant maintenu le cap et même enregistré une hausse de 26,5% pour la première.
Comme nombre de secteurs d’activité, le transport maritime enregistre un regain d’activité entre octobre et février, avec un pic au moment des fêtes de fin d’année (arrivée de marchandises dès novembre). A noter que les activités de la pêche ne sont pas prises en compte dans ces données.

Prestations sociales : moins de bénéficiaires du RSA

On constate une baisse constante du RSA sur les quatre dernières années ( - 3% entre 2024 et 2025). Nombre de bénéficiaires sont en effet sortis du dispositif pour un départ à la retraite. En moyenne les bénéficiaires touchent 600 € soit plus qu’en Guadeloupe (566 €) ou que dans l’hexagone (536 €), en raison de l’absence totale de ressources et d’un RSA donc à taux plein.
La tendance s’inverse sur la prime d’activité (complément des faibles revenus). 8 à 10% des personnes qui bénéficient du RSA touchent cette prime dont les indépendants. Aujourd’hui 7 902 personnes bénéficient du RSA à Saint-Martin, avec une prépondérance de familles mono parentales.

Hébergements touristiques : un taux moyen de remplissage de 55%

Le taux moyen d’occupation dans les hébergements collectifs est un bon indicateur quant à la fréquentation touristique du territoire. Jusqu’en 2023, il était calculé par le Club du Tourisme. En novembre dernier, une enquête mensuelle a été lancée par l’ITSEE auprès des 40 hébergeurs recensés (hôtels, résidences, Guest-houses) afin d’affiner les données.
Ce taux de remplissage était de 61% en 2016, 50% en 2017, 61% en 2022 et 56% en 2023. En 2024, il a sensiblement baissé à 55%.
La période de novembre à février (avec un pic de 80 % en février) demeure la plus fréquentée, mais la tendance est un glissement progressif sur le mois de mars avec l’afflux de visiteurs notamment pour le SXM Festival.
Quant à la différence entre le pic de fréquentation enregistré à l’aéroport de Grand Case et la fréquentation minimum des hébergeurs en août, elle s’explique pour partie par le retour des étudiants pour les vacances ou les visiteurs hébergés chez des amis ou dans la famille.
Un bilan plus détaillé sur la fréquentation touristique, le profil des visiteurs et les hébergeurs (avec l’ajout des meublés touristiques) sera présenté en juillet.

Fiscalité : recettes à la baisse

En 2024, tous impôts confondus et y compris les recouvrements des années antérieures, 135,14 M€ ont été collectés, soit 6 millions de moins qu’en 2023. Ces recettes proviennent pour 26% des particuliers (taxe foncière et impôt sur le revenu), pour 44% des professionnels (TGCA, taxe sur sociétés), ce qui additionné représente 70% des recettes fiscales de la Collectivité. Une des raisons de la baisse, la diminution des droits d’enregistrement (17 M€ en 2024 contre 20 M€ en 2023) qui résulte d’un ralentissement des transactions immobilières et de la baisse des droits de succession (669 actes enregistrés en 2023, 477 en 2024). Mais, cela n’est pas suffisant à expliquer une telle déperdition d’autant que tous les indicateurs énoncés démontrent une bonne santé économique.
La DGFIP entend bien trouver la réelle explication et ses services ont d’ores et déjà été réorganisés afin d’avoir plus de personnel dédié au recouvrement.
Bonne nouvelle cependant, le premier trimestre 2025 s’annonce supérieur à celui de 2024 en termes de recettes.

À l’issue de la présentation de ces données chiffrées, un focus a été fait sur l’emploi. Besoins des entreprises, marché du travail, formations par le prisme des données de France Travail permettent d’avoir une autre photographie du territoire. À retrouver dans notre édition de mardi.

Ann Bouard