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Budget supplémentaire : la maîtrise des dépenses à l’épreuve des chiffres

Par Ann Bouard
15 Septembre 2026

Après les sévères observations de la Chambre territoriale des comptes‭, ‬la majorité avait annoncé en mars 2025‭ ‬vouloir‭ ‬‮«‬‭ ‬s’inscrire dans la rigueur‭ ‬‮»‬‭, ‬revoir les dépenses à la baisse et réduire le recours aux prestations extérieures‭. ‬L’adoption du budget supplémentaire lors du conseil territorial du 10‭ ‬septembre dernier montre pourtant plusieurs postes de fonctionnement en hausse‭.‬

En mars dernier, les élus avaient voté un budget primitif de 276,3 M€ (170,9 M€ en section de fonctionnement et 105,4 M€ en section investissement). Le budget supplémentaire (BS) permet d’intégrer le résultat définitif de 2025 soit un excédent de fonctionnement de 35,94 M€, dont 17 M€  affectés à l’investissement et 18,93 M€ reportés en fonctionnement. Il prend en compte également les dépenses déjà engagées depuis début 2026 et met à jour les prévisions votées en mars. Force est de constater que ce budget est dans sa grande majorité dédié à la prise en compte de dossiers en souffrance, d’une augmentation de certaines charges et ne présente aucun nouveau chantier.

Des prestations extérieures toujours en hausse

La Chambre territoriale des comptes avait été particulièrement sévère. Entre 2021 et 2023, les seules charges de personnel étaient passées de 43,1 à 60,8 M€, soit plus de 41 % d’augmentation. Elle estimait alors que « l’évolution des charges n’était plus maîtrisée » et pointait également le poids croissant des prestataires extérieurs. 
Les charges à caractère général augmentent malgré tout de 10,05 M€ (soit un total de 37,93 M€ sur l’année). Certes, 2,4 M€ correspondent à des dépenses engagées en 2025 et reportées, mais 4 M€ concernent des prestations de services : nettoyage des voies publiques, entretien des ravines et fossés, location des bacs à ordures, traitement antiparasitaire ou encore matériel de nettoyage. Une hausse que la Directrice générale des services (DGS) explique par le contrat de ramassage des sargasses, exponentiel et avec de gros dépassements. S’y ajoutent 1 M€ pour les frais d’actes et de contentieux et plus de 2,3 M€ d’ajustements pour des études d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour la refonte des autorisations d’occupation temporaire (AOT), la régularisation des voiries, des équipements pour les services techniques… Une évolution qui tranche avec l’objectif affiché l’an dernier de réduire les prestations extérieures. Même constat sur les dépenses de personnel, qui progressent de 3,64 M€. Le budget prévoit également 295 000 € pour de nouveaux postes, 700 000 € pour le complément indemnitaire annuel, 120 000 € pour le Centre interprofessionnel de santé au travail et 217 600 € pour les tickets-restaurant, soit plus de 1,3 M€ supplémentaires. Cette hausse inclut également 2,31 M€ pour la régularisation des conventions de gestion avec le Conseil départemental de la Guadeloupe. Pour 2026, le budget est de 67,75 M€ pour les charges de personnel et frais assimilés.

Des dossiers qui coûtent cher    

D’autres hausses sont plus difficilement imputables aux dépenses courantes. Sur les 9,71 M€ de créances devenues irrécouvrables, la perte nette reste inférieure à 260 000 € grâce à 8,8 M€ de reprises de dépréciations et 570 040 € de créances finalement recouvrées. Mais les conséquences sur le budget sont bien plus lourdes sur des dossiers désormais bien connus :  la fin de la TCPP (taxe sur les carburants et produits pétroliers) signifie 8 M€ de recettes en moins, 3,45 M€ de dette dans le contentieux GEDC et 4,86 M€ supplémentaires à provisionner pour les risques associés. Quant à Air Antilles, la liquidation de la compagnie conduit à une dépréciation de 14,9 M€ sur les sommes engagées par la Collectivité.La subvention au STIS (Service territorial d’incendie et de secours) s’élève pour 2026 à 4,64 M€ (4,65 M€ en fonctionnement et 334 748 € en investissement).
Pour ce qui est des recettes, la Collectivité inscrit 214,58 M€ au budget de fonctionnement, dont 99,2 M€ d’impôts et taxes et 37,92 M€ de reprises de provisions et dépréciations, qui ne constituent pas des recettes nouvelles. À cela s’ajoutent 18,9 M€ d’excédent de la section de fonctionnement de 2025, soit un total de 233,5 M€. En section d’investissement, les dépenses totales pour 2026 sont de 117,7 M€. La section s’équilibre notamment grâce à l’excédent de fonctionnement de 2025, dont 17 M€ sont affectés à l’investissement.
Au final, le budget supplémentaire permet incontestablement de remettre de l’ordre dans les comptes et d’assumer des décisions ou des risques hérités des exercices précédents. Mais derrière ces régularisations, les dépenses courantes ne donnent pas encore le signal d’une véritable cure d’austérité. Les charges générales et la masse salariale continuent d’être revues à la hausse, précisément sur deux postes que la Chambre territoriale des comptes avait placés sous surveillance. La « rigueur » annoncée reste donc, pour l’heure, difficile à lire dans les chiffres.
Le budget supplémentaire 2026 est de 74,94 M€, dont 62,6 M€ en fonctionnement et 12,3 M€ en investissement. Le budget global de la Collectivité pour l’année est de 351,26 M€.                                    

Ann Bouard