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Violences psychologiques : Que disent les psys ?

Violences psychologiques : Que disent les psys ?

24 novembre 2023

Qu’est-ce que la violence psychologique ? Comment la reconnaitre ? Comment s’en défaire ? Sandrine Bonnefont et Arlène Jeffry ont accepté de répondre à nos questions. 

UNE VIOLENCE INSIDIEUSE

Depuis sa création par l’ONU le 25 novembre 1999, la mobilisation autour de la journée internationale contre les violences faites aux femmes ne faiblit pas. Et pour cause, selon l’association France Victimes, en 2021, 87 137 violences volontaires ont été signalées, auxquelles il faut rajouter quelque 12 942 menaces ou injures. Car la violence est aussi psychologique et se manifeste alors sous forme de manipulation, de domination, ou de harcèlement. Une violence sourde et parfois difficile à identifier :«La victime ne va pas s’en rendre compte tout de suite, explique la psychologue Arlène Jeffry. L’agresseur ne dévoile pas son jeu d’emblée et met d’abord la victime en confiance en se montrant agréable et serviable, poursuit-elle. Ce n’est qu’ensuite qu’il commence à la culpabiliser, et à ce moment-là elle se dit: Il prend soin de moi. C’est très insidieux». Pour sa consoeur Sandrine Bonnefont, certains comportements ne trompent pas: «L’humiliation, la dévalorisation, le dénigrement, les menaces, les reproches et les fausses plaisanteries qui sont perpétrés de façon crescendo, comme si de rien n’était». Une maltraitance silencieuse qui va progressivement impacter l’estime de soi et l’humeur de la victime au quotidien. Pourquoi certaines personnes sont prises pour cibles par ces manipulateurs ? Une enfance marquée par la négligence peut constituer un terreau propice selon Sandrine Bonnefont et exposer à cette violence en fragilisant la construction de l’individu. « Il n’y a pas de profils types, souligne toutefois Arlène Jeffry. N’importe quelle femme peut se retrouver un jour dans une situation abusive. La différence, c’est que chez certaines, les warning vont s’allumer plus vite, alors que pour d’autres, la relation fait écho à une maltraitance intrafamiliale qui les rend fragiles. Elles se disent : Je connais déjà, et restent dans une forme de déni.

L’INSULARITÉ : UNE DOUBLE PEINE ?

Si la honte et la crainte du jugement sont omniprésents pour les victimes, selon Arlène, l’insularité n’arrange rien: «A cause de la proximité que l’on vit sur l’île, elles préfèrent relativiser ce qui se passe à leur travail ou dans leurs relations en se disant : Ce n’est pas si grave, ça finira par s’arrêter, mon partenaire changera avec le temps». Native de Saint-Martin et exerçant depuis plus de 20 ans, Arlène a dû elle-même surmonter la méfiance de certaines femmes craignant qu’elle ne divulgue leur vie privée. Une omerta qui rend difficile le signalement. Autre obstacle selon la psychologue, l’idéalisation encouragée par la société qui place ces victimes dans une forme de nostalgie des bons moments qui ont précédés les violences : «Il faut aussi rajouter à cela le poids d’une culture permissive qui place l’homme au centre et qui les pousse à se dire :il peut se permettre de hausser le ton puisque c’est un homme, Il crie parce qu’il m’aime, il me protège, même si la violence psychologique n’a pas de couleur et touche tous les milieux».

COMMENT EN SORTIR ?

A son cabinet situé à Marigot, Sandrine Bonnefont pratique l’entretien conversationnel, l’hypnose, et même l’EMDR, une pratique peu connue du grand public et pourtant très efficace pour guérir les psychotraumas en revenant aux origines de ces blessures identitaires. L’objectif étant de progressivement réparer l’image de soi et de «comprendre que le bonheur, c’est normal ». Même chose pour Arlène qui est elle-aussi labélisée EMDR Europe. La psychologue n’hésite pas à alerter ses patientes sur la réalité des abus qu’elles subissent: «Je les aide à prendre conscience qu’elles ont des droits et que leur vie est en danger, abonde-telle. Elles doivent se protéger, ne plus se mentir à elles-mêmes, et sortir des rêves créés par la féerie des contes, qui les empêchent de prêter attention à la réalité telle qu’elle est.» 

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