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Yannick Kervoëlen, un commandant atypique

Par Ann Bouard
23 Octobre 2025

Breton d’origine et chimiste de formation, le commandant Kervoëlen a découvert le métier de sapeur-pompier presque par hasard, à 23 ans. Après une carrière riche en expériences, en métropole comme en outre-mer, il a pris le 1er septembre dernier, la direction du Service territorial d’incendie et de secours (STIS) de Saint-Martin.

De la Bretagne, où il a passé son enfance et fait ses études, entre Côtes-d’Armor et Finistère, il a gardé le goût du beurre salé et cette propension qu’ont tous les Bretons de vadrouiller aux quatre coins de la planète. Rien ne le prédestinait à embrasser la carrière de sapeur-pompier. Ce n’était pas non plus un rêve de petit garçon ;  il se rêvait chimiste. C’est donc dans cette voie qu’il fera ses débuts, en intégrant une filiale du groupe Lafarge. Le contremaître, également chef du centre de secours accolé au bâtiment de l’usine, lui propose de rejoindre les pompiers volontaires. A 23 ans, il devient donc pompier volontaire et pendant sept ans, mène de front son travail et ses gardes. Une première expérience qui déterminera la suite de sa carrière. De la chimie reste le tableau périodique des éléments (aussi appelé table de Mendeleïev), qui trône toujours sur son bureau… 

Apprendre le métier par la base

Au sein des pompiers, il devient Caporal, puis sergent, et décide à 29 ans de passer le concours de sapeur-pompier professionnel, 2e classe, au bas de l’échelle. À 30 ans, il débute sa carrière avec des jeunes de 18 ans. « Il faut savoir mettre son amour-propre de côté quand on vous demande de passer le balai, mais ça fait partie du job. » Titulaire d’un bac +3, il aurait pu passer directement un concours d’officier, mais choisit de commencer par la base: « Je voulais apprendre ce qu’était un pompier professionnel. » Il obtient tous ses permis, conduit tous les engins, tient la lance, et monte à l’échelle, au propre comme au figuré. Quatre ans plus tard, il passe l’examen interne pour devenir officier au grade de lieutenant. « Je voulais être un officier crédible, en sachant faire toutes les tâches », explique-t-il, et aujourd’hui encore il ne se refuse pas ce petit plaisir de conduire les camions. Nouvel examen trois ans plus tard, et le voilà promu au grade de capitaine.

La prévention comme spécialité

Pendant dix ans, il se consacre à la prévention tout en assurant des gardes opérationnelles. « Je me suis vraiment amusé », confie-t-il. La prévention devient son domaine d’expertise. « Les gens qui vont faire leurs courses, sont à l’hôpital ou à l’église, ne sont pas là pour mourir, et surtout pas dans un incendie. » Il atteint le plus haut niveau de compétence, PRV3, et devient le seul à ce grade dans son département du Loir-et-Cher. En 2017, à 47 ans, une opportunité s’offre à lui : rejoindre la Nouvelle-Calédonie pour créer le bureau « prévention et prévision ». Il candidate et bien sûr obtient le poste. Il y part avec sa famille pour quatre ans et demi. « Plus de quatre années extraordinaires », dit-il. L’expérience lui donne le goût de l’outre-mer, mais il lui manque encore un certain nombre de formations, que seule la métropole peut lui offrir. Il rejoint le Tarn, région qu’il affectionne pour le rugby et le soleil. Il y passe ses formations de commandement et décroche son galon de commandant. Pendant quatre ans, il dirige onze centres de secours et 450 pompiers en tant que chef de groupement.

Un nouveau défi à Saint-Martin

Sa candidature pour Saint-Martin remplissait toutes les cases. « Ici, c’est la même chose qu’un groupement, mais en version réduite, et la différence, c’est que c’est moi le patron », résume-t-il. Installé depuis le 1er septembre sur l’île, il se consacre pleinement à sa mission et pas des moindres, celle de structurer le STIS désormais autonome. Le chantier est d’envergure, car il s’agit de revoir le service, de le doter de moyens humains, de gérer l’installation d’un état-major, de renouveler le matériel… et la liste est encore longue. D’un naturel optimiste, la tâche ne le rebute pas pour autant. Sportif, il avoue profiter de certains plaisirs : « Tous les matins, je vais courir ou nager. C’est extraordinaire, à 6h du matin, d’aller courir sur une plage, avec la mer pour décor. »  « Saint-Martin est plus petit que la Nouvelle-Calédonie certes, mais c’est différent et il y a pleins de choses à faire et pleins de choses à découvrir tout autour», conclut-il. 

« Il faudra d’abord que les choses se mettent en place et que j’aie le staff nécessaire avec moi pour en profiter. »     

Ann Bouard