VIE LOCALE

Une vie de confinement …  à Quartier d’Orléans

Une vie de confinement … à Quartier d’Orléans

03 avril 2020
La population de Quartier d’Orléans avait fait preuve de beaucoup d’élans de solidarité après le passage d’Irma. Aujourd’hui, l’esprit d’entre aide semble souffler à nouveau sur cette partie de l’île. Entretien avec Marie-Paule Rousseau-Cornette, Présidente de l’association CSI.

marieDepuis dix-huit jours c’est le silence qui règne en maître sur Quartier d’Orléans et … le chant des oiseaux! Pas un seul scooter en vue, les voitures sont rares, deux ou trois au plus chaque heure, aucun attroupement nulle part. Le temps semble s’être arrêté. La population a renoué avec les pratiques d’autrefois et comme elle sait si bien le faire, et l’a déjà prouvé en cas de coup dur, avec la solidarité.
 
Un confinement respecté, bravo les jeunes !
 
La boulangerie, la pharmacie et deux supérettes sont encore ouvertes, mais tous les autres commerces ont tiré le rideau. Bars et restaurants sont fermés et aucun ne fait, sous le faux prétexte d’aider, de la vente à emporter.
Marie-Paule Rousseau constate que c’est la première fois qu’elle n’entend aucun bruit et qu’elle ne voit aucun jeune dehors. Même les plus petits ont délaissé leurs vélos. Les parents respectent le confinement et avec eux leurs enfants. Les jeunes ont été les premiers à montrer l’exemple et ce sont les personnes âgées que l'on voie le plus souvent dans les rues, sous prétexte d’aller à la pharmacie chercher des médicaments. C’est donc aux plus jeunes qu’incombe la délicate mission de les convaincre de rester chez eux. Les rôles se sont inversés, et Marie-Paule les encourage à devenir de vrais héros dans cette lutte contre le virus. Elle garde le contact avec ceux qui fréquentent le CSI, et beaucoup d’autres encore, et elle ne compte pas son temps pour leur apporter son aide, comme chaque jour pour les devoirs, via WhatsApp.
 
Les méthodes de grand-mères remises au goût du jour
 
Marie-Paule Rousseau regrette cependant qu’aucune action de prévention n’ait été faite dès le début de la crise. Les forces de l’ordre sont présentes pour verbaliser en cas de non-respect du confinement, mais la population n’était pas préparée à tout cela. La situation a donc permis de prendre conscience qu’il faut vivre autrement, réapprendre à se nourrir aussi.
Alors les recettes de grand-mères ressortent des tiroirs et les échanges des bonnes vieilles tisanes (le gros thym pousse à profusion) ou autres concoctions, comme l’Aloé véra et l’alcool pour remplacer le gel désinfectant, font à nouveau partie du quotidien. C’est un jeûne prolongé qui s’est naturellement imposé et qui contribue à ce que tout le monde apprenne à vivre à nouveau plus sainement.
 
Le troc comme monnaie d’échange
 
Quand on n'a rien, il faut savoir partager et rien de mieux que le troc pour pouvoir subsister. Quelques personnes ont décidé de renouer avec une tradition séculaire de l’île, la fabrication des Journey Cakes, ces fameux petits beignets du petit-déjeuner. Chaque jour, elles les distribuent au reste de la population, consciencieusement, en prenant soin de respecter les gestes barrières. Et comme à Quartier d’Orléans, tout le monde se connait, rien de plus facile que de mettre sous le porche de ceux qui en ont besoin. Chacun a appris comment les récupérer, enlever et désinfecter les emballages.
D’autres, ceux qui ont la chance d’avoir un terrain ou un bout de jardin, ont repris le travail de la terre et échangent leur plants de légumes. Marie-Paule avait lancé trois projets dans le domaine de l’agriculture avant la crise et certains avaient débuté. Une chance, car aujourd’hui ils ramassent leur premières récoltes et peuvent en faire profiter les autres. Ce système du troc qui s’instaure peu à peu est intéressant et remet en cause les habitudes de consommation … un changement que Marie-Paule voudrait bien voir perdurer.
 
Une autarcie qui a ses limite
 
Mais malgré toute la bonne volonté de la population, il y a des situations difficiles à gérer. Le manque de nourriture qui commence à se faire sentir dans certaines familles, et pour lequel Marie-Paule Rousseau a décidé de faire appel à la CTOS et au pôle solidarité et famille de la Collectivité afin que des repas puissent être distribués. Son souhait serait également qu’un service d’assistantes sociales soit mis en place : non pas un simple numéro d’appel mais que les familles soient contactées pour aborder les problèmes rencontrés tels que la violence, bien souvent un tribut à payer lors de situations extrêmes, la scolarité des enfants et des adolescents, etc. Un point inquiète aussi Marie-Paule Rousseau, cette épidémie de dengue qui touche déjà certains habitants, et qu’il faudrait aussi enrayer en désinfectant les rues et les abords des maisons. Autant de choses que la population seule, recluse dans les habitations ne peut gérer.
Mais malgré tout cela , Marie-Paule Rousseau-Cornette a retrouvé un peu d’espoir, car elle est sûre que « si la population continue comme cela, il y aura beaucoup, beaucoup de vie de sauvées ! » Depuis toujours elle exhorte les jeunes à être acteurs de leur quartier, aujourd’hui, eux mais aussi le reste de la population, sont acteurs de leurs vies. 
 

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