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Un quartier, une fresque : Jacob Desvarieux à Grand Case

Par Jean-Michel Carollo
9 Octobre 2025

Une œuvre simple, anonyme et gratuite qui rend hommage à celui qui a popularisé le zouk dans le monde entier… analyse d’une « Bel Kréati ».

Depuis que le 97150 a ouvert cette série, un véritable engouement est né pour le street-art saint-martinois à tel point que des photographes et vidéastes amateurs portent un réel intérêt à des pans de murs devant lesquels ils passaient sans y prêter attention auparavant. L’œuvre qui nous intéresse aujourd’hui peut paraître bien insignifiante tant elle est discrète et peu mise en avant, pourtant sur le local EDF situé non loin du parking public de Grand Case, la représentation d’un symbole (d’une icône ?) incontesté de la musique antillaise a toute sa place dans le cœur des habitants. L’artiste n’a pas laissé de signature au bas de ce dessin qui peut paraître un peu désuet comparé aux fresques flamboyantes chroniquées dans nos éditions précédentes, mais si la technique de réalisation a ses défauts, le cœur qui l’a pensé est « gros comme ça » et c’est finalement cela qui transparaît au travers du portrait de Jacob Desvarieux.

Pa Bizwen Palé

Né le 21 novembre 1955 à Paris, il part pour les Antilles au bout de quelques mois, et il y vit entre la Guadeloupe et la Martinique jusqu’à l’âge de 10 ans, c’est alors que sa mère lui offre sa première guitare avant un départ vers le Sénégal. À partir de ce moment, la  musique va occuper une grande place dans sa vie et, nourri par les rythmes qui ont bercé toute son enfance, il devient arrangeur alors qu’il n’a que 16 ans, mais aussi étrange que cela puisse paraître, son truc à lui c’est plutôt le rock et le R’n’B.

De retour au pays il fait la connaissance de Georges Décimus et de son frère Pierre-Edouard vieux routier de la musique antillaise, ainsi que l’artiste guadeloupéen Freddy Marshall. Très attachés à la musique populaire guadeloupéenne, ils vont chercher ensemble à l’adapter aux techniques musicales de l’époque, et c’est comme ça qu’en 1979 paraît « Love and Ka Dance » le premier album de Kassav’, nom de groupe qu’ils ont choisi en clin d’œil à la fameuse galette de manioc traditionnelle consommée dans toute la Caraïbe.

Zouk-la Sé Sel Médikaman Nou Ni

Le reste appartient à l’histoire : dès le second album « Lagué mwen » sorti en 1980, on peut entendre la voix de Jocelyne Béroard simple choriste, mais qui intégrera le groupe de manière définitive en 1983 et y fera figure de leader jusqu’à nos jours. En popularisant le zouk, le groupe rend son orgueil et toute sa considération à la musique et aux musiciens antillais dans les Caraïbes comme dans le reste du monde à tel point que Kassav’ est considéré à juste titre comme le créateur du genre musical. Le groupe est célèbre sur toute la planète, il a joué sur les cinq continents et il continue encore même après la disparition de Jacob Desvarieux en 2021.

De nombreux hommages lui ont été rendus depuis : la maison des Associations de Saint-Ouen en région parisienne porte désormais son nom, car il partageait son temps entre cette ville et Saint-François où il repose désormais. Jocelyne Béroard, Jean-Philippe Marthély, Jean-Claude Naimro et Georges Décimus venaient régulièrement se détendre à Saint-Martin en compagnie de leur ami Jacob Desvarieux, alors quoi de plus normal que de lui réserver une petite place sur nos murs ensoleillés ? Et quand on lui posait la question « Que faites-vous pour tenir bon ? » il répondait en musique « Le zouk est notre seul médicament» (à consommer sans modération).  

Jean-Michel Carollo