Renan Grainville, la tête dans les vagues, les racines à Saint-Martin
« Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains, je suis allé sans rendez-vous à la porte du CEES, Centre d’Excellence et d’Éducation par le Sport, je ne savais pas ce qui m’attendait, mais j’avais un rêve et je n’avais pas peur de le porter ». C’est ainsi que Renan Grainville a débuté son discours lors de la cérémonie des « Rising Talents » en juin dernier. Le surfeur poursuit en effet ses rêves et cela lui réussit plutôt bien.
Renan Grainville est un enfant de Saint-Martin, il y est né il y a 25 ans, il y a grandi, et surtout il y a pratiqué de nombreux sports comme tous les jeunes de l’île avant de découvrir, à 10 ans, celui qui deviendra sa passion. C’est au Galion, sous l’œil exigeant de Jean-Seb Lavocat, que Renan Grainville a pris sa première vague. Le SXM Surf Club a produit pas mal de talents, tels que Maud Le Car, William Aliotti ou Titouan Boyer… tous issus d’un enseignement à la dure, qui paie et qui inculque aux jeunes passionnés l’envie de se battre et d’aller toujours plus loin. Le jeune Renan n’échappe pas à la règle, se forge un mental d’acier qui lui permettra plus tard de ne rien lâcher malgré les nombreuses blessures auxquelles il doit faire face. Plusieurs fois vice-champion de Guadeloupe, vice-champion de France en 2017, vainqueur de la Biarritz Maider Arosteguy (plus ancienne compétition de surf en Europe) en 2022, vainqueur de la deuxième étape de la Winter Cup en 2024, etc. Il n’a désormais plus qu’une idée, intégrer le circuit pro.

Toujours rêver plus haut
En parallèle des compétitions, il poursuit ses études et obtient en 2024 sa licence de physique-chimie, mais décide de mettre ses études entre parenthèses pour mieux se consacrer à son objectif. Ses projets nécessitent cependant des finances, et c’est là la phase la plus ardue pour tous les sportifs. Désormais sans bourse d’études, Renan ne se démonte pas et n’hésite pas à frapper à toutes les portes et en premier lieu à celle de la Collectivité. Sans détour, il explique qu’il veut se consacrer à son rêve et devenir champion du monde de surf et que pour cela, il a besoin d’aide. Il trouve une écoute attentive auprès du CEES, qui depuis le suit et le soutient financièrement. Le rêve peut donc devenir réalité.
Et des rêves, Renan en a beaucoup dont le Graal est de se qualifier pour les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Aujourd’hui, le jeune homme de 25 ans est à la 8e place du classement professionnel européen et dans le top 100 mondial.
« pas besoin d’être un grand pays pour avoir de grands talents »
Invité à témoigner en juin dernier lors de la cérémonie des Rising Talents du CEES, Renan a livré un discours sincère et inspirant. Il y parlait de son parcours, de sa passion, et a démontré à tous les jeunes présents, qui eux aussi veulent aller au bout de leurs rêves, que tout est possible pour peu que l’on s’en donne les moyens. « Représenter ma discipline devant celles et ceux qui croient au sport comme vecteur de valeurs, d’émancipation et d’espoir fut une grande fierté. Mais le plus touchant, c’est d’avoir vu dans les yeux de ces jeunes athlètes l’envie, la passion… et peut-être, un peu d’inspiration. Si mon parcours peut leur montrer que tout est possible, alors chaque entraînement, chaque défi en valait la peine ». Il reconnaît que si un soutien financier est important pour évoluer sur les circuits de haut niveau, il en est un bien plus important encore, le soutien des parents, des éducateurs et des bénévoles qui, dans l’ombre, œuvrent pour faire éclore des talents. “On n’a pas besoin d’être un grand pays pour produire de grands champions. Il suffit d’un regard, d’un soutien, d’une main tendue. Je suis la preuve vivante que c’est possible.” C’est le message qu’il a adressé ce soir-là.
Le week-end dernier, il participait à la seule étape du WSL (World Surf League) en France, le Caraibos Lacanau pro 2025, où il s’est arrêté aux quarts de finale, avec la satisfaction cependant d’avoir réalisé une belle performance, qui le propulse en ce début de saison à la 5e place des championnats d’Europe des pros. Une étape de plus sur un chemin qu’il trace avec patience, courage… et toujours avec son île dans le cœur. Il pourrait d’ailleurs bien revenir s’y établir dans un proche avenir. Mais c’est là une autre histoire.