VIE LOCALE

Malaise à l’hôpital de Saint-Martin

Malaise à l’hôpital de Saint-Martin

18 décembre 2020
En pleine crise Covid, le centre hospitalier de Saint-Martin flirte également avec une crise sociale en interne. Les pratiquants hospitaliers expriment leur incompréhension face à la gestion du personnel de santé. La préférence serait donnée aux médecins titulaires de diplômes étrangers et pour des contrats temporaires plutôt qu’à la titularisation de médecins en poste et français.
 
Et un dernier départ de professionnel de santé a mis le feu aux poudres, celui du médecin en chirurgie digestive et viscérale. Ce dernier, en poste contractuel depuis près de 3 ans au CH de Saint-Martin, dont le terme du contrat arrivait au 31 décembre de cette année, avait pourtant lancé une procédure de titularisation à ce poste. Procédure d’abord stoppée pendant l’enquête menée suite à la tentative de suicide de l’infirmier anesthésiste au bloc opératoire, en novembre 2019, puis à nouveau retardée du fait de la crise du Covid. Les résultats du rapport de l’enquête sur la tentative de suicide de l’infirmier ont été connus en octobre 2020. Aucun élément négatif n’ayant été retenu contre ce pratiquant hospitalier, il supposait que sa procédure de titularisation à ce poste allait reprendre son cours. Or, en octobre dernier, c’est via la presse locale que ce médecin apprend l’ouverture de 18 postes au CH de Saint-Martin, dont un poste en médecine viscérale et digestive. Un appel à candidatures ouvert aux titulaires de diplôme obtenus hors de France, comme l’autorise et à titre dérogatoire, un décret paru le 31 mars 2020, à exercer dans une structure de santé située en Outre-mer, précisément en Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon. Une mesure décrétée officiellement afin de pallier le déficit de démographie médicale dans ces territoires. Parmi les 18 postes ouverts à candidature, on relève en effet un médecin en médecine viscérale et digestive, mais aussi quatre postes de médecins en anesthésie-réanimation, un médecin en biologie médicale, un médecin en gynécologie-obstétrique, deux médecins en maladies infectieuses et tropicales, deux médecins d’urgence, un médecin en médecine générale, deux pédiatres, trois médecins en psychiatrie ainsi qu’un médecin en pharmacie hospitalière.
Quelque peu dérouté par cet appel à candidature alors que lui-même est en poste et pourrait y rester, le médecin comprend que sa présence n’est pas désirée au sein de l’hôpital, ne répond pas à l’appel à candidature, quitte son poste fin novembre et regagne l’Hexagone.
 
Les langues se délient
 
Un fait qui ne serait pas isolé et qui a été un détonateur pour délier les langues du personnel de santé hospitalier dont certains nous ont contactés : « plusieurs postes de médecin sont dans le même cas, des chirurgiens, deux spécialistes de médecine infectieuse, la médecin-pharmacienne missionnée pour mettre en place le service de chimiothérapie… Tous ont souhaité quitter ces postes, non pas pour des motifs personnels ou familiaux comme on veut nous le faire croire, mais bien parce qu’il règne dans l’hôpital une ambiance déplorable et délétère. Au détriment de la qualité des soins à offrir aux patients, la direction de l’hôpital souhaite privilégier les finances en procédant au recrutement de médecins titulaires de diplômes étrangers », expliquent-ils.
 
Réduire l’hémorragie financière malgré tout
 
On se souvient qu’en avril 2019, et face aux difficultés financières et récurrentes de l’hôpital, la décision avait été prise de placer l’établissement sous le contrôle provisoire d’administrateurs, pendant une période de 6 à 9 mois. Au nombre de deux, ces administrateurs sont venus à tour de rôle à l’hôpital et l’ont audité. A la fin de cette mission, les administrateurs ont, selon les propos tenus à l’époque par la directrice générale de l’ARS, Valérie Denux, « laissé une feuille de route à suivre par la nouvelle direction ». Une feuille de route dont la principale directive concernait évidemment la mise en œuvre de mécanismes d’économies budgétaires.
Quoiqu’en dise la directrice de l’hôpital, Madame Lampis-Pattus, que nous avons questionnée, procéder à l’embauche de médecins contractuels ayant obtenu leurs diplômes de praticiens hors de France, implique forcément, et sans remettre en cause la compétence de ces médecins et la qualité de leurs diplômes, une embauche en bas de l’échelon des grilles de salaires. Donc des salaires moins onéreux.
 
Recrutements de médecins étrangers…
 
La directrice de l’hôpital, nous indique que « les administrateurs ont effectivement soulevé des dysfonctionnements et mis en exergue ses difficultés financières, en revanche, il n’y a pas eu de feuille de route laissée par les administrateurs.» En outre, pour la directrice, l’hôpital ne rencontre pas de problèmes particuliers au sein des ressources humaines, les appels à recrutement lancés sont une procédure normale afin de pallier des mouvements de mutations qui s’opèrent chaque année : « Nous avons un manque cruel de médecins et parallèlement il y a beaucoup de demandes de mutations qui sont faites pour des raisons personnelles ou familiales. C’est le cas pour les deux médecins en maladies infectieuses et le médecin en pharmacie hospitalière qui ont demandé leurs mutations. Mon rôle est d’anticiper les départs et de prévoir les remplacements afin qu’il n’y ait pas de rupture dans l’offre de soins. C’est la raison pour laquelle j’ai fait cette annonce en octobre dernier pour 18 postes vacants ou susceptibles de l’être. Les médecins étrangers sont recrutés provisoirement selon de strictes conditions et leurs candidatures sont validées par l’ARS et le Conseil de l’Ordre. Nous sommes dans l’obligation d’ouvrir ces postes aux médecins étrangers car les médecins français ne répondent pas ou pas en nombre suffisant », nous a-t-elle expliqué.
 
… Alors que des médecins français postulent aux postes vacants
 
Toutefois, d’autres médecins, praticiens hospitaliers français et notamment des médecins en psychiatrie, dont 3 postes sont à pourvoir à Saint-Martin, nous ont formellement indiqué avoir postulé à ces postes vacants et ont vu leurs candidatures rejetées ou restées sans réponse.
« Les médecins en charge de l’étude étaient le président de la Commission Médicale d’Etablissement (CME) et le médecin récemment autorisé à exercer la médecine en France, (et actuellement en poste comme chef de service psychiatrie par intérim à l’hôpital, NDLR) dont la première inscription au conseil de l’Ordre des médecins de Guadeloupe, remonte à juillet 2018 (…) sachant que 2 d’entre eux ont postulé antérieurement à cette inscription de ce médecin au conseil de l’Ordre (…) », ont-ils écrit dans un courrier adressé au Conseil de l’Ordre des médecins de Guadeloupe, s’interrogeant sur ces refus constants de recrutement de praticiens hospitaliers français en Outre-mer.
Un malaise récurrent et prenant de l’ampleur au sein de l’hôpital de Saint-Martin qui implique aussi une défiance accrue de la population à son égard.
 

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