Jessica, la cavalière des chevaux oubliés
Fille d’éleveurs de purs-sangs espagnols à Salon-de-Provence, elle se rêvait danseuse à Broadway, loin des écuries familiales. À 18 ans, Jessica Della-Vedova avait envie d’autre chose, mais en arrivant à Saint-Martin, c’est un cheval qui va lui remettre le pied à l’étrier.
Elle aurait pu poursuivre ses rêves, mais son destin en a décidé autrement, ce sont les chevaux qui guideront sa vie. Et tout commence de manière assez inattendue, en recueillant un premier cheval…
Atid, celui par qui tout commence
C’est à cause, ou peut-être grâce, à Atid, le cheval de son amie Elisa, que Jessica renoue avec l’univers équestre. Malade, il ne peut suivre sa propriétaire à l’autre bout du monde. Jessica le sauve. Dans la foulée, elle rencontre la famille Beauperthuy, signe un premier bail pour un terrain avec Pierre, puis pour l’actuel terrain du Ranch. Elle recueille un second cheval, puis une journaliste du New York Times, lui confie le sien en lui versant une pension pour l’aider à payer la nourriture des deux autres. Le Ranch du Galion était né, c’était en 2014. Aujourd’hui, Atid a 38 ans, un âge plus que vénérable pour un cheval, et coule une paisible retraite au ranch. Les choses se sont ensuite enchaînées avec la récupération de chevaux abandonnés et la naissance de 12 poulains juste après Irma.
Mais Jessica ne peut s’empêcher de voler au secours de tous les chevaux qu’elle croise. Le dernier en date était promis à l’abattoir. Partie officiellement en vacances en Guadeloupe, officieusement pour trouver des poneys (elle en rêve), elle tombe sur ce cheval de course d’à peine cinq ans. Comme souvent, achetés en France par des investisseurs pour participer aux courses sur l’hippodrome de Guadeloupe, ils sont revendus dès qu’ils ne sont plus rentables, et promis à l’abattoir quand ils ne trouvent pas preneurs.
Assurer la prochaine lignée
Jessica n’a aucun regret ni remords d’avoir quitté l’élevage familial, même si le travail avec les chevaux est très différent ici. Parfois, elle aurait bien jeté l’éponge, mais elle le sait, si elle arrête elle vouerait ses chevaux une nouvelle fois à l’abandon. Alors elle reste dans sa prison dorée et se bat pour faire perdurer le ranch, toujours pas rentable financièrement. Et après une seconde série de naissances, elle a dû se résoudre à castrer tous ces jeunes mâles pour éviter les consanguinités. Il lui faut pourtant assurer la prochaine lignée. Qu’à cela ne tienne, elle fera venir en décembre un de ses étalons reproducteurs du sud de la France. Tout ne sera pas résolu pour autant, car c’est seule qu’elle doit gérer tout ce petit monde, les 22 chevaux actuels, les trois enfants… Comme beaucoup de clubs sportifs, elle peine à trouver des gens sérieux et diplômés. Le BPJEPS équitation n’existe plus en Guadeloupe, les centres équestres ferment là-bas aussi faute de personnel. Les jeunes partent se former en France et ne reviennent pas, car les opportunités y sont bien plus nombreuses. En attendant une solution, elle a accueilli tout l’été, chaque vendredi, dix jeunes de la Mission Locale pour leur faire découvrir les différents métiers liés à l’équitation avec l’espoir de susciter peut-être des vocations.
Un spectacle équestre sur l’histoire de l’île
Ce sont les balades, les stages et les cours qui permettent à Jessica d’assurer financièrement l’entretien des chevaux et du ranch, mais pas encore son salaire. Cette semaine encore, face à la demande, elle a organisé un stage pour les enfants avec toujours pour objectif de leur apprendre tout sur la vie du Ranch. Ils apprennent à brosser les chevaux et à faire des activités amusantes comme le tir à l’arc à cheval ou attraper une petite vachette au lasso. La vachette est en bois et tirée par un quad autour de la carrière, mais cela fonctionne car ceux qui ne sont pas très à l’aise à cheval, se prennent au jeu et lasso en main n’ont plus peur de rien ! Le 2 septembre, les cours reprendront tous les samedis de 17 h à 18 h pour les petits, de 18 h à 19 h pour les ados et de 19 h à 20 h pour les cours avancés. Après un premier essai plébiscité cette année, Jessica s’est fixé pour objectif de monter un véritable spectacle équestre racontant les histoires de Saint-Martin… une belle manière de motiver les jeunes cavaliers et d’offrir une attraction inédite à tous les amoureux des chevaux, dans un cadre idyllique, qui peu à peu s’aménage pour recevoir les spectateurs.