Hélène Debruge : nouvelle présidente à la barre de la SNSM
Dans l’air salin de Saint-Martin, là où la mer est à la fois source de vie et menace imprévisible, c’est désormais une voix féminine qui répond à l’appel du large.
Depuis le 15 juillet dernier, la station SNSM de l’île a une nouvelle présidente : une ancienne fonctionnaire d’État, cadre de la préfecture, rompue aux arcanes administratives... et déterminée à servir. «Mon engagement à la SNSM est une affaire de convictions», dit-elle, simplement.
Arrivée en 2020 sur l’île avec son mari, maître-nageur, elle découvre une station sans surveillance de plage, où tout est à reconstruire ou presque.
Très vite Hélène Debruge s’engage à la SNSM en tant que bénévole à terre. Elle s’intègre dans ce tissu local, tisse des liens, observe, comprend. Jusqu’au jour où le président de la station démissionne.
Le siège parisien de la SNSM lance alors un appel à candidatures. Elle y répond.
« J’ai regardé les prérogatives comme tout bon administratif. J’ai compris que je pouvais être utile », confie-t-elle. Elle connaît les institutions, les circuits de financement, les logiques de partenariat public-privé. Elle sait aussi qu’un bateau ne se paie pas sans subvention, qu’une station ne vit pas sans visibilité, qu’un bénévole a besoin de reconnaissance.
Car à la SNSM, il ne s’agit pas seulement de savoir manier la barre : il faut aussi savoir tenir un cap humain et logistique. Si l’aspect opérationnel ne fait pas partie de ses compétences premières, elle excelle dans le management, la coordination, la diplomatie.
« J’ai l’énergie, la confiance des bénévoles, et l’envie de faire le lien entre le terrain et Paris, entre la population et les décideurs.»
Et des défis, il y en a. En ce début de saison cyclonique, les missions vitales de sauvetage (baigneurs, plaisanciers, pêcheurs, ferries) s’intensifient. Jour et nuit, les bénévoles doivent être prêts. Le matériel doit être en permanence vérifié et prêt à l’emploi.
Elle veille à tout cela avec méthode et engagement, consciente que le moindre incident en mer peut virer au drame. « Le sauvetage, c’est un filet de sécurité indispensable pour ceux qui prennent la mer. »
Mais son engagement dépasse l’urgence. Elle croit aussi à l’éducation, à la prévention, à la sensibilisation. «Il faut apprendre aux gens à respecter la mer, à anticiper les risques. Aller dans les écoles, parler aux familles. C’est aussi ça, notre mission.»
Un autre symbole fort accompagne sa présidence: la station de Saint-Martin est aujourd’hui la seule en France à être dirigée par un trio entièrement féminin. À ses côtés, Anke, patronne de bateau, et Régine, trésorière historique. Une configuration inédite dans un milieu longtemps perçu comme masculin. « Ce n’est pas un hasard, mais une réalité de terrain. Chacune apporte sa vision, sa manière de fédérer. Nos qualités sont universelles, qu’on soit un homme ou une femme. »
Ce leadership féminin est aussi un message adressé aux nouvelles générations. Oui, les femmes ont leur place dans les postes-clés.
Oui, elles peuvent piloter, décider, coordonner, intervenir. Oui, elles peuvent inspirer. « Si notre engagement peut encourager d’autres femmes à rejoindre la SNSM, alors on aura aussi gagné ce pari. »
Ici, à Saint-Martin, là où la mer façonne les jours, une présidente veille à ce que personne ne soit laissé à la dérive. Ni en mer, ni à terre.