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HeadMade Factory sélectionne l’artiste Jérémie Priam pour sa résidence artistique 2025

Par Sunita Mittal
17 Octobre 2025

HeadMade Factory a lancé en juin son troisième appel à candidature pour une résidence artistique sur l’île autour du thème‭ : ‬‮«‬‭ ‬La provocation et le conditionnement de nos réactions face à elle‭ ‬‮»‬‭. ‬Jérémie Priam‭, ‬diplômé du Campus Caribéen des Arts‭, ‬en est le lauréat‭.‬

A 36 ans, cet artiste pluridisciplinaire manie dessin, vidéo, performance et installation pour interroger l’identité caribéenne post-coloniale. Troubles identitaires, mémoire de l’esclavage, conditionnements sociaux, sa démarche fait de l’art un espace de libération collective. Rencontre avec un artiste pour qui provoquer, c’est libérer.

Pourquoi candidater au concours de la HeadMade Factory ?
« HeadMade Factory représente pour moi une occasion précieuse d’enrichir ma réflexion sur le colonialisme. Chaque île a transformé son histoire coloniale en une expérience unique qui contribue à enrichir notre Caraïbe. Cette région est une véritable cellule vivante, où les territoires s’influencent et se nourrissent mutuellement. »

Comment avez-vous interprété le thème de la provocation ?
« Provoquer, c’est chercher à faire remonter à la surface, par l’émotion, des vérités enfouies. Ma proposition s’inscrit dans une forme de provocation douce, car elle s’articule autour d’une recherche sur l’identité postcoloniale que nous tentons encore de définir. Nos rencontres historiques ont engendré des guerres, mais en parallèle, elles ont aussi donné naissance à de nouvelles formes de survie comme la danse via le bèlè ou les métissages culinaires. De ces rencontres est aussi née la langue créole, une langue vivante qui incarne la résistance et la créativité. »

Y a-t-il une dimension provocatrice dans votre démarche artistique ?
« Mon travail est né de l’expérience de l’injustice. L’humain est au cœur de mes préoccupations. Je crois profondément que les artistes ont pour rôle de faire bouger les lignes. Provoquer, c’est poser un regard direct sur un sujet essentiel, c’est ouvrir un espace de réflexion. Les diversités ethniques et culturelles ne devraient jamais être des sources de conflit, mais des forces d’enrichissement mutuel. »

Quelle expérience souhaitez-vous faire vivre à votre public ?
« Une expérience spirituelle et plastique, une réalisation de soi, un partage de la blessure caribéenne qui a façonné notre identité contemporaine. Un artiste plasticien peut faire naître un discours à travers une image, sans prononcer un seul mot. »

Y a-t-il des limites à la provocation ?
« La seule limite de la provocation, c’est la maîtrise du sujet. Lorsqu’on aborde des thèmes sensibles, il est essentiel de savoir utiliser des stratégies adaptées à notre objectif. Et mon objectif, c’est le vivre-ensemble. »
Influencé par le constructivisme russe et le mouvement Dada, mais aussi par des œuvres cinématographiques comme Orange mécanique ou Les Temps modernes, l’artiste puise surtout son inspiration chez deux figures caribéennes majeures : Édouard Glissant et Aimé Césaire. Dans l’objectif de partager son art, Jérémie Priam s’installera prochainement sur l’île  pour sa résidence HeadMade Factory 2025.  

 

Sunita Mittal