VIE LOCALE

Crise sanitaire Covid-19 : Nous aurait-on dissimulé la véritable situation ?

Crise sanitaire Covid-19 : Nous aurait-on dissimulé la véritable situation ?

20 mars 2020

Selon certains médecins de ville, le virus Covid-19 circulerait depuis plusieurs semaines sur le territoire. Ces derniers ont en effet été confrontés, précédemment à la situation de confinement, à des pics de visites dans leurs salles d’attente. Des patients qui présentaient des symptômes proches de ceux du Covid-19, sans que la contamination au dit virus ait pu être avérée, les tests n’ayant pas été réalisés sous prétexte que ces patients n’avaient pas récemment voyagé.

Pour les autorités d’Etat et sanitaire, jusqu’à ces derniers jours, le virus aurait été contenu toutes ces dernières semaines et n’aurait pas été en circulation sur les territoires de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. En effet, jusqu’à ce début de semaine, seuls trois cas de virus "importés" et avérés par dépistage, étaient placés en isolement, une personne à son domicile de Saint-Barthélemy, et deux personnes à l’hôpital de Saint-Martin. Ces deux dernières, après la période d’isolement de 14 jours, ont été testées négatives au virus et déclarées guéries.
Dans le courant du week-end dernier, un nouveau cas présenté par une personne qui rentrait à Saint-Barthélemy d’un séjour dansHexagone, était à nouveau dépisté, portant à deux le nombre de cas sur l’île voisine. Quant à Saint-Martin, après quelques jours avec zéro cas contaminé, une personne rentrant d’un séjour en Métropole révélait un test positif de contamination au Coronavirus. Jusqu’à lundi dernier, donc, seuls trois cas « importés » avaient été recensés sur les deux îles du nord.
Si bien que lundi dernier encore, en conférence de presse, Valérie Denux, la Directrice générale de l’ARS, et Sylvie Feucher, la préfète de Saint-Martin, annonçaient que « le virus ne circulait pas sur nos territoires, tout en confirmant que les Iles du Nord, tout comme l’ensemble des territoires ultramarins, devaient se conformer strictement aux règles énoncées par le Président Emmanuel Macron et son gouvernement toute juste déclarées».
 
« Je pense que nous nageons dans l’épidémie » (Dr Thibault)
 
De nouvelles annonces faites, ce lundi dernier, par les représentations locales de l’Etat qui ont fait sortir de leurs gonds des médecins généralistes de ville, dont le Dr Marc Thibault, installé depuis une trentaine d’années à Quartier d’Orléans. Sur un post privé qui aurait fuité en public sur les réseaux sociaux, le docteur Thibault évoquait en début de semaine: « en 27 ans de consultation, je n’ai jamais vu autant de malades fiévreux le même jour, même dans la pire épidémie de grippe.
Alors si notre préfète retarde les directives nationales parce que le virus ne circule pas à Saint-Martin, j’ai du mal à me convaincre (…) Au vu de toutes les personnes qui se sont promenées dans nos aéroports, nos ports, au vu des patients en quarantaine chez elles, et parce que je ne crois pas que les spécificités saint-martinoises nous protègent du Covid-19, je pense que nous nageons dans l’épidémie (…) ».
Contacté par téléphone mardi, le Docteur Thibault nous réitérait ces propos, confirmant avoir suspecté des cas cliniques de contamination, sans qu'ils n'aient été avérés par des test épidémiologiques, et nous affirmait que les médecins généralistes n’avaient jusqu’alors pas été en mesure de faire des tests, seuls les services du SAMU (le 15), pouvaient ordonner des tests sur des personnes présentant des symptômes et ayant voyagé dans les 15 jours précédents leur visite chez le médecin.
Toutefois, le Dr Thibault nous assurait qu’aucun des patients reçu à son cabinet ne nécessitait jusqu’alors d’hospitalisation. « Il y a eu toutefois un retard pris à Saint-Martin, était-ce une volonté de masquer l’information ? » conclut-t-il.
 
Dépistages systématiques depuis jeudi seulement
 
Interrogée également, Valérie Denux de l’ARS Guadeloupe, nous confirmait que jusqu’à ces derniers jours où l’épidémie semble se propager plus rapidement sur nos territoires, les autorités sanitaires se focalisaient sur les possibles cas
« importés ». Jusqu’en ce début de semaine, ce serait une quinzaine de tests qui auraient été effectués à Saint-Martin :
« J'ai personnellement contacté mercredi matin le Dr Thibault et lui ai réaffirmé que l’île de Saint-Martin n’était jusqu’alors pas en phase épidémique. Il n’y a avait eu encore aucune alerte sévère, et c’est pourquoi la doctrine était de faire des recherches sur les cas importés.
Toutefois, la situation semblant se détériorer ces derniers jours, nous avons mis en place auprès de plusieurs médecins sentinelles qui ont reçu dès ce jeudi 19 mars, des kits pour faire des prélèvements sur les cas de suspicion. La doctrine a changé depuis jeudi, passant d’une stratégie d’identification de l’entrée du virus sur notre territoire à une stratégie d’identification des cas les plus sévères. Désormais, il y a un dépistage systématique des personnes hospitalisées, un dépistage des personnes à risque suite à une évaluation médicale, un dépistage des professionnels indispensables à la continuité de service pour la population, un dépistage par des médecins sentinelles de personnes présentant des signes en ville afin d’évaluer la propagation de l’épidémie dans la population.
 
Retard à l’allumage ?
 
Aucun test de dépistage ne venant confirmer de probables cas contaminés, la partie française de Saint-Martin semblait donc pour l’heure, et sur le papier, épargnée par l’épidémie, avec deux premiers cas « importés » ensuite guéris, puis zéro cas confirmé. Et ceci expliquant sans soute cela, les mesures de confinement imposées par le pouvoir central ont un peu de mal à à être respectées localement, car rien n’a été fait pour une véritable prise de conscience sur la gravité de la situation. Un probable retard à l’allumage qui pourrait avoir des conséquences sur la propagation du Covid-19, sachant que selon plusieurs sources médicales, le taux de réplication du virus est de 2 (1 personne contaminée qui se trouve rassemblée dans une assistance de 100 personnes, peut contaminer 2 personnes). Et le danger pour notre territoire réside surtout dans nos capacités hospitalières qui ne pourront pas être en mesure de prendre en charge tous les malades sévères.
 

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